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Un cluster Kubernetes à 6 € fait le même travail qu’un managed à 300 $ — la preuve par k3s

GKE Autopilot, EKS Fargate et AKS Automatic promettent le serverless Kubernetes sans l’administration. En juillet 2026, pour moins de 20 pods et une équipe qui maîtrise Linux, un k3s sur VPS Hetzner à 6 € par mois livre les mêmes déploiements, sans lock-in et sans surfacturation egress.

Un cluster Kubernetes à 6 € fait le même travail qu’un managed à 300 $ — illustration ETTAYEB

Le 1ᵉʳ juillet 2026, Google a généralisé le modèle de facturation au pod sur GKE Autopilot en sortant le Compute Class Autopilot pour les clusters Standard, rendant le tarif à la ressource — CPU, mémoire, stockage éphémère — accessible hors des clusters Autopilot natifs. Le 10 juillet, AWS a activé la facturation d’EKS Auto Mode en sortie de preview, avec une surcouche de 0,04 $ par vCPU-heure au-dessus du prix EC2 et un minimum d’une minute. Le 15 juillet, Microsoft a annoncé qu’AKS Automatic passait en disponibilité générale sur toutes les régions Azure, facturant 116,80 $ par cluster et par mois rien que pour le plan de contrôle.

Pendant ce temps, un k3s sur trois VPS Hetzner CX22 à 4 € par mois chacun fait tourner la même stack PostgreSQL + Redis + API Go depuis dix-huit mois, sans upgrade forcé et sans frais d’egress imprévisibles. Ce n’est pas une expérience de laboratoire — c’est l’infrastructure de production de plusieurs SaaS bootstrapés à moins de 20 pods, documentée en continu sur le forum k3s et les discussions Hetzner Cloud. Voici pourquoi la promesse serverless des hyperscalers est une taxe sur la sérénité, et comment savoir si vous la payez pour rien.

L’état du marché Kubernetes mi-2026

GKE Autopilot facture désormais 0,0445 $ par vCPU-heure et 0,0049 $ par Gio-heure en région Iowa (us-central1), avec un frais fixe de 0,10 $ par cluster et par heure — soit ~72 $ par mois rien que pour le plan de contrôle, hors crédit gratuit de 74,40 $ du Free Tier (un seul cluster zonal ou Autopilot). Le modèle Pod-based ne facture ni l’OS, ni les DaemonSets système, ni les pods en attente — c’est le plus transparent des trois hyperscalers. Le revers : l’egress vers Internet est facturé au tarif Google Cloud CDN, soit 0,08 $ à 0,12 $ par Gio selon la destination, un poste qui explose dès qu’on sert des assets statiques ou des images Docker hors GCR.

EKS garde son 0,10 $ par cluster et par heure pour le plan de contrôle (support standard, 14 mois par version Kubernetes). EKS Auto Mode, sorti de preview le 10 juillet 2026, ajoute 0,04 $ par vCPU-heure en surcouche EC2 et facture par seconde avec un minimum d’une minute — pour un cluster de 3 nœuds t3.medium (2 vCPU, 4 Gio), la note mensuelle atteint ~210 $ (plan de contrôle + EC2 + Auto Mode), sans compter l’egress AWS à 0,09 $ par Gio jusqu’à 10 To. EKS Fargate applique 0,04048 $ par vCPU-heure et 0,004445 $ par Gio-heure en Linux x86, soit environ 35 $ par mois pour un pod de 1 vCPU / 2 Gio permanent — un tarif acceptable pour du serverless pur, à condition d’accepter le lock-in Fargate et l’absence de DaemonSets.

AKS Automatic, GA depuis le 15 juillet 2026, facture 116,80 $ par mois pour le plan de contrôle et ajoute une surcharge par vCPU selon le type d’instance : 7,05 $ par vCPU General Purpose, 10,96 $ par vCPU Compute Optimized, 11,16 $ par vCPU Memory Optimized. Pour trois nœuds Standard_D2s_v3 (2 vCPU, 8 Gio, ~140 $ de VMs), le total atteint ~300 $ par mois. L’egress Azure démarre à 0,087 $ par Gio en zone 1. Le mode Free existe toujours (plan de contrôle gratuit, pas de SLA, max 10 nœuds recommandé) — c’est la seule porte d’entrée réaliste pour tester AKS sans engagement.

DigitalOcean Kubernetes (DOKS) garde un plan de contrôle gratuit et des nœuds à partir de 12 $ par mois en mode Basic (vCPU partagé, 2 Gio RAM). Le plan de contrôle HA coûte 40 $ par mois. Un cluster 3 nœuds Basic coûte donc 36 $ à 76 $ par mois selon l’option HA. L’egress est gratuit jusqu’à 2 000 Gio par mois et par nœud, puis 0,01 $ par Gio — de très loin le tarif de sortie le plus compétitif du marché.

En face, k3s — le Kubernetes léger de Rancher Labs / SUSE — tourne sur n’importe quel Linux avec un kernel et des cgroups. Le binaire fait moins de 100 Mo, embarque containerd, Flannel, CoreDNS, Traefik et un provisionneur de stockage local, et utilise SQLite par défaut (etcd, PostgreSQL ou MySQL en option). Pas de plan de contrôle à payer, pas de frais de gestion, pas de version imposée.

6 € contre 300 $ : le calcul qui fait mal

Prenez un cluster de production modeste — 10 à 15 pods, une API Go, PostgreSQL, Redis, un frontend statique, des certificats Let’s Encrypt :

Plan de contrôleCompute (3 nœuds)Egress (500 Gio/mois)Total mensuel
GKE Autopilot~72 $ (0,10 $/h)~95 $ (2 vCPU + 4 Gio × 3 pods)~50 $~217 $
EKS + EC2~73 $ (0,10 $/h)~105 $ (3× t3.medium)~45 $~223 $
AKS Automatic116,80 $~140 $ (3× D2s_v3) + ~42 $ surcharge vCPU~44 $~343 $
DigitalOcean DOKS0 $ (ou 40 $ HA)36 $ (3× Basic 12 $)0 $ (dans le quota)36 $ à 76 $
k3s sur Hetzner CX220 $~12 € (3× 4 €)0 € (20 To inclus)~12 €

Le k3s à 12 € par mois fait tourner la même stack, avec les mêmes manifestes YAML, le même kubectl apply, les mêmes Helm charts et les mêmes cert-manager. La différence ne se joue pas sur les fonctionnalités — elle se joue sur qui porte la charge de l’infrastructure : vous ou le fournisseur.

Ajoutez un load balancer externe et un block storage : chez Hetzner, un Load Balancer CCX11 coûte 5,39 € par mois et un Volume de 100 Gio coûte 5 € par mois. Le cluster complet — 3 workers, 1 load balancer, 100 Gio de persistance — tient sous les 25 € par mois. L’équivalent chez AWS (3× t3.medium + ALB + 100 Gio EBS gp3) dépasse allègrement les 250 $.

Ce que le managed vous vend (et ce que vous perdez)

Les offres managed ne vendent pas du Kubernetes — elles vendent trois choses : la suppression de l’administration, le scaling automatique et l’intégration native avec le reste du cloud (IAM, VPC, logging, monitoring).

GKE Autopilot est le plus abouti sur le premier point. Vous ne provisionnez pas de nœuds, vous ne patchez pas l’OS, vous ne gérez pas les DaemonSets — les pods consomment exactement ce qu’ils demandent, facturé à la seconde sans minimum. Le « nœud » devient une abstraction que vous ne voyez plus. Le prix de cette sérénité : les pods sont limités à 110 Gio de stockage éphémère en mode Pod-based, et tout pod nécessitant un DaemonSet (comme un exporter Prometheus Node) doit basculer en mode node-based, qui réintroduit la gestion des nœuds.

EKS Fargate offre la même promesse — pas de nœuds, pas de patching — mais avec des limitations plus sévères : pas de DaemonSets, pas de privileged containers, pas de hostNetwork, et un temps de démarrage à froid de 30 à 60 secondes qui disqualifie les workloads sensibles à la latence.

AKS Automatic est l’offre la plus récente et la plus chère. Microsoft prend en charge les upgrades de nœuds, le provisionnement, le scaling et la configuration réseau, avec un SLA sur la disponibilité des pods (uptime + readiness). La contrepartie : une surcharge au vCPU qui n’a pas d’équivalent chez GKE ou EKS, et un écosystème Azure dont l’interface de gestion reste en retard sur la console GCP.

Dans les trois cas, vous perdez la maîtrise du patch level, le choix du runtime (pas de Kata Containers ni gVisor hors configuration bêta) et la liberté de changer de fournisseur sans réécrire vos déploiements. Un cluster Kubernetes répond à des manifestes standard — mais les intégrations IAM, les annotations de load balancer, les classes de stockage et les politiques réseau sont verrouillées par fournisseur.

Le vrai coût du k3s : le temps humain

Un k3s ne coûte pas zéro en opérations. Il faut :

  • Installer les nœuds : 15 minutes par machine avec le script curl -sfL https://get.k3s.io | sh -
  • Configurer le stockage : local-path-provisioner est inclus par défaut, Longhorn ou OpenEBS pour la réplication sur plusieurs nœuds
  • Gérer les certificats : cert-manager s’installe en un helm install et s’intègre à Let’s Encrypt comme sur n’importe quel cluster
  • Monitorer : Prometheus + Grafana via le chart kube-prometheus-stack, Loki pour les logs, une heure de mise en place
  • Sauvegarder etcd (si vous utilisez etcd au lieu de SQLite) : un script cron de 10 lignes, testé en dix minutes

Pour une équipe de deux développeurs qui maîtrisent Linux, le surcoût opérationnel est de 2 à 4 heures par mois (mises à jour, surveillance, incident). À 100 $ de l’heure chargée, ça représente 200 à 400 $ par mois. Ajoutez le coût d’opportunité — le temps qu’un développeur ne passe pas à écrire du code métier — et le k3s n’est pas « gratuit ».

C’est là que le raisonnement change selon votre contexte. Si vous facturez votre temps de dev au-dessus de 150 $ de l’heure, le managed est un multiplicateur de vélocité rentable. Si vous êtes une startup en amorçage avec un runway serré, les 250 $ par mois d’écart entre EKS et k3s représentent 3 000 $ par an — de quoi payer le salaire d’un stagiaire pendant deux mois, ou acheter six mois de cold outreach.

Le verdict : trois seuils pour décider

Inférieur à 15 pods et runway serré. Prenez k3s sur trois VPS Hetzner CX22 (ou équivalent Netcup / OVH / Vultr). Installez cert-manager, ingress-nginx et longhorn, sauvegardez etcd en cron, et consacrez deux heures par mois à la maintenance. Vous économisez 2 000 à 3 000 $ par an par rapport à un cluster EKS ou GKE équivalent. Si vous ne voulez vraiment pas toucher à Linux, DOKS à 36 $ par mois est le meilleur compromis qualité-prix du marché — plan de contrôle gratuit, backup managé en option, interface qui ne surprend pas.

Entre 15 et 50 pods, en croissance rapide. Passez sur GKE Autopilot avec le Free Tier (74,40 $ de crédit mensuel, un cluster gratuit). Le modèle Pod-based supprime la gestion des nœuds sans sacrifice fonctionnel majeur, et le passage à l’échelle se fait sans repenser l’architecture. Si votre stack est déjà sur AWS, EKS avec Fargate pour les workloads stateless et un node group EC2 pour les stateful est le schéma éprouvé — mais attendez-vous à 150 à 300 $ par mois rien que pour le plan de contrôle et les nœuds.

Au-delà de 50 pods, multicloud ou conformité réglementaire. Le managed s’impose, mais choisissez en fonction de l’écosystème que vous habitez déjà. GKE pour les équipes GCP natives qui veulent le moins de friction possible. EKS si vous avez déjà des Reserved Instances ou un Savings Plan sur EC2 — l’Auto Mode commence à s’amortir passé 30 nœuds. Évitez AKS sauf si votre stack est exclusivement .NET / Azure Entra ID / Logic Apps — le surcoût au vCPU d’AKS Automatic est difficile à justifier face à GKE, et le mode Free sans SLA plafonne à 10 nœuds.

Un cluster Kubernetes n’a pas besoin d’être cher pour être fiable. Il a besoin d’être dimensionné pour ce qu’il fait vraiment, pas pour ce que le marketing hyperscaler vous fait croire indispensable.

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