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R2, B2, Wasabi et MinIO remplacent S3 en divisant la facture par dix

AWS S3 Standard coûte 23 $/To en stockage et 90 $/To en sortie. Cloudflare R2, Backblaze B2, Wasabi et MinIO proposent la même API S3 pour 7 à 15 $/To — avec l’egress offert ou quasi-offert. Voici lequel choisir selon que vous faites du backup, du CDN ou du data lake.

Stockage objet S3 alternatives R2 B2 Wasabi MinIO — illustration ETTAYEB

En juillet 2026, AWS S3 Standard facture 0,023 $/Go de stockage et 0,09 $/Go d’egress. Pour 10 To de données consultées à 20 % par mois, la facture mensuelle tourne autour de 410 $ — dont 180 $ rien que pour la sortie. Ces tarifs n’ont quasiment pas bougé depuis 2018, alors que quatre alternatives S3-compatibles proposent aujourd’hui la même API pour un prix divisé par trois à dix.

Le stockage objet n’est plus un monopole AWS. Cloudflare R2 supprime purement le coût d’egress, Backblaze B2 descend à 6,95 $/To avec egress gratuit jusqu’à 3× le stockage, Wasabi facture 7,99 $/To sans frais de sortie ni d’API, et MinIO vous libère entièrement du cloud en tournant sur vos propres serveurs. Ces quatre solutions parlent toutes le protocole S3 — vos outils existants (s3cmd, rclone, awscli avec un endpoint custom) fonctionnent sans changer une ligne de code.

Le choix n’est pas une question de features — c’est une question de profil de trafic. L’alternative qui divise votre facture par dix n’est pas la même selon que vous faites du backup froid, du CDN à fort egress ou du data lake analytics.

Le match en un tableau

SolutionStockage ($/To/mois)EgressFrais APIDéploiementPiège
AWS S3 Standard~23 $0,09 $/GoPayantCloud managéFacture egress imprévisible
Backblaze B26,95 $Gratuit ≤ 3× stockage, puis 0,01 $/GoGratuitCloud managéEgress au-delà de 3×
Wasabi7,99 $Gratuit (fair use)GratuitCloud managé90 jours minimum par objet
Cloudflare R2~15 $GratuitClasse A : 4,50 $/MCloud managéFrais d’opérations sur forte écriture
MinIOCoût hardwareGratuit (votre réseau)GratuitSelf-hostedVous gérez les disques

Backblaze B2 — le moins cher pour le stockage pur

Backblaze B2 est né en 2015 d’une entreprise qui fabrique des disques durs et qui connaît le prix du silicium. Résultat : 6,95 $/To/mois, soit le tarif le plus bas du marché pour du stockage objet always-hot — vos données sont accessibles en millisecondes, pas en heures.

L’argument massue de B2, c’est l’egress gratuit jusqu’à 3 fois le stockage moyen. Concrètement : si vous stockez 10 To et que vous en téléchargez jusqu’à 30 To par mois, l’egress est offert. Au-delà, le surcoût tombe à 0,01 $/Go — dix fois moins que S3. Pour un backup que vous lisez rarement (restauration une fois par trimestre), vous ne paierez jamais l’egress.

Autre avantage méconnu : les appels API sont gratuits (classes A, B et C). Là où S3 facture chaque PUT, GET et LIST, B2 ne compte pas. Seuls les Class D (suppressions) sont facturés à 0,004 $ les 10 000 appels — avec les 2 500 premiers gratuits par jour. Pour un backup quotidien de milliers de petits fichiers, cette gratuité des appels change la facture.

B2 Reserve permet de descendre encore plus bas en souscrivant un engagement annuel, avec facturation à l’année plutôt qu’au mois. Le tarif exact dépend du volume négocié, mais l’ordre de grandeur reste une division par trois à quatre du prix S3.

Les limites : B2 n’a pas de CDN intégré — pour servir des fichiers à des utilisateurs finaux, il faut coupler B2 avec Cloudflare CDN (gratuit, via la Bandwidth Alliance qui annule les frais d’egress entre Backblaze et Cloudflare). L’absence de multi-région natif signifie que vos données vivent dans un datacenter unique — la réplication multi-site est à construire vous-même. Et la latence est celle d’un datacenter de la côte Ouest américaine ou d’Amsterdam — acceptable pour du backup, insuffisante pour une application interactive.

B2 est le bon choix si votre cas d’usage principal est le backup ou l’archivage actif, que votre volume de stockage dépasse quelques téraoctets, et que vous ne lisez pas vos données en continu.

Cloudflare R2 — l’egress zéro pour le CDN et les assets web

Cloudflare R2 est le petit dernier, lancé en mai 2022 avec une promesse radicale : zéro egress. Pas de seuil, pas de fair use, pas de calcul savant — chaque octet qui sort de R2 vers Internet est gratuit, point. Cette promesse tient en juillet 2026.

Le stockage est facturé 0,015 $/Go-mois, soit environ 15 $/To/mois — plus cher que B2 ou Wasabi, mais l’absence totale d’egress inverse l’équation dès que vous servez du contenu. Exemple concret avec le cas d’usage asset hosting de la documentation Cloudflare : 100 000 fichiers de 100 Ko, lus 10 millions de fois par jour, coûtent 104,40 $/mois — entièrement en frais de Class B (lectures), le stockage étant couvert par le tier gratuit de 10 Go. Sur S3, le même trafic coûterait plus de 900 $/mois rien qu’en egress.

L’intégration native avec le réseau Cloudflare est l’autre avantage décisif. Un objet stocké dans R2 est automatiquement servi depuis le datacenter Cloudflare le plus proche de l’utilisateur — sans cache configuré, sans CDN supplémentaire. Pour un site web dont les assets (images, JS, CSS) sont servis depuis R2, la latence est celle du réseau Cloudflare : < 50 ms dans la plupart des régions du monde.

R2 propose aussi Super Slurper (migration automatique depuis S3, GCS ou Azure Blob sans frais — seules les opérations Class A sont facturées) et Sippy (migration progressive : les objets absents de R2 sont copiés depuis la source à la première requête). Ces deux outils réduisent la friction de migration à zéro — vous pointez votre bucket source, R2 aspire les données.

Le point d’attention, ce sont les frais d’opérations. Les Class A (écritures, PutObject, CopyObject) sont facturées 4,50 $/million et les Class B (lectures, GetObject, HeadObject) 0,36 $/million. Pour un workload à forte écriture — logs, ingestion de données temps réel, bases de données — ces frais d’opérations peuvent dépasser le coût du stockage. R2 n’est pas optimisé pour les petits objets écrits massivement : c’est un magasin d’objets pour la lecture, pas un bus d’événements.

Autre limite : R2 est encore jeune. Les fonctionnalités avancées de S3 (Object Lock pour l’immutabilité, replication rules complexes, Strong Consistency sur toutes les opérations) sont incomplètes ou absentes. Pour un usage de type data lake avec Iceberg ou Delta Lake, R2 n’est pas encore au niveau de S3 ou MinIO.

R2 est le bon choix si vous servez du contenu web (images, vidéos, assets statiques), si votre egress mensuel dépasse votre volume stocké, ou si vous migrez depuis S3 et voulez couper la facture de sortie sans changer d’architecture.

Wasabi — la simplicité à 7,99 $/To sans egress ni frais cachés

Wasabi a une promesse simple : 7,99 $/To/mois, egress gratuit, API gratuites. Pas de calcul savant, pas de classe de stockage à choisir, pas de surprise. Pour 100 To avec 20 % de téléchargement mensuel, Wasabi facture 818 $/mois contre 4 097 $ chez S3 — une économie de 80 % selon le comparateur officiel Wasabi.

Le modèle tarifaire est d’une simplicité rare dans le cloud : un seul prix pour le stockage, tout le reste est inclus — egress, requêtes API, ingress. Même la réplication inter-régions est proposée sans surcoût d’egress. Pour une PME qui veut migrer son stockage sans embaucher un analyste financier, cette prédictibilité est un argument de vente à elle seule.

Mais cette simplicité a un revers : la durée de stockage minimum de 90 jours. Si vous stockez un objet et le supprimez au bout de 10 jours, vous êtes facturé 90 jours — 10 jours de stockage actif plus 80 jours de « timed deleted storage ». Cette politique rend Wasabi inapte aux workloads éphémères : logs temporaires, artefacts de CI/CD, buckets de staging. Pour un backup conservé plusieurs mois, cette contrainte est indolore. Pour un pipeline de données qui écrit et nettoie quotidiennement, elle devient un piège financier.

La politique d’egress gratuit est encadrée par un fair use : si votre egress mensuel dépasse votre volume de stockage actif, Wasabi se réserve le droit de limiter ou suspendre le service. En pratique, cela exclut les usages de type CDN public — si vos fichiers sont téléchargés plus que vous n’en stockez, Wasabi n’est pas fait pour vous. C’est le bon outil pour le backup, l’archivage et le stockage applicatif en lecture modérée.

Autre friction : le minimum de 1 To de stockage actif, et une taille minimale de fichier de 4 Ko pour la facturation. Si vous stockez des millions de fichiers de 1 Ko, vous paierez comme s’ils faisaient tous 4 Ko — un multiplicateur ×4 silencieux.

Wasabi est le bon choix si vous faites du backup long terme ou du stockage applicatif à lecture modérée, que vous voulez une facture prédictible au centime près, et que vos objets vivent plus de 90 jours.

MinIO — le stockage objet sur vos propres serveurs

MinIO est le seul de la liste à ne pas être un service cloud. C’est un logiciel open-source sous licence AGPLv3 que vous installez sur vos propres machines —裸métal, VMs, Kubernetes. En juillet 2026, MinIO est en version AIStor, compatible S3 et natif Apache Iceberg, avec un positionnement assumé sur les workloads IA/ML et analytics.

Le modèle économique est l’inverse du cloud : vous payez le hardware (disques, nœuds, réseau) et éventuellement une licence Enterprise si vous dépassez 400 To ou voulez du support 24/7. L’édition Community est gratuite, full-featured, mais limitée au single-node — suffisante pour du développement ou une petite production.

À partir d’Enterprise Lite (< 400 To), vous débloquez le multi-node avec erasure coding (tolérance de panne sans RAID), la réplication active-active multi-site, le chiffrement SSE-S3/SSE-C, et l’immutabilité conforme SEC 17a-4(f). L’Enterprise complet ajoute le support 24/7 avec SLA < 4 h et le Panic Button (escalade directe à l’ingénierie).

Le coût réel dépend de votre infrastructure. Pour un cluster quatre nœuds avec 100 To utiles en erasure coding (8+4), comptez environ 15 000 à 25 000 $ de hardware amorti sur 3-5 ans, soit 125 à 350 $/mois — entre 1,25 et 3,50 $/To/mois. C’est le tarif le plus bas de la liste, mais il exige de gérer les disques qui meurent, les mises à jour et la supervision — c’est du stockage pour les équipes qui ont déjà un SRE.

L’avantage décisif de MinIO face aux solutions cloud n’est pas le prix — c’est la latence et le débit. Un cluster MinIO sur NVMe dans votre datacenter délivre une latence < 1 ms et un débit de plusieurs Go/s — des chiffres qu’aucun service cloud ne peut atteindre à ce prix. Pour du data lake analytics avec Trino, Spark ou Dremio, ou pour servir des poids de modèles IA en inference, MinIO sur site est la seule option qui tient la charge sans faire exploser la facture egress.

Autre atout : Iceberg natif. MinIO AIStor implémente le catalogue Iceberg directement dans le stockage, sans service externe (pas de Glue, pas de Hive Metastore). Une table Iceberg stockée dans MinIO est requêtable par Trino ou Spark comme si elle était dans S3 — sans les frais d’API Glue et sans l’egress S3.

Le revers : c’est vous qui gérez les pannes. Un disque qui meurt à 3 h du matin, c’est votre téléphone qui sonne — pas celui du support AWS. La tolérance de panne par erasure coding protège contre la perte de données, mais ne remplace pas un ops. Et la courbe d’apprentissage de MinIO n’est pas nulle : le tuning des pools de disques, le dimensionnement de l’erasure coding, la configuration réseau pour le multi-site demandent une compétence que le cloud vous épargne.

MinIO est le bon choix si vous avez déjà une équipe ops, que votre volume dépasse 50 To, que la latence compte (analytics, IA, vidéo), ou que vous voulez sortir vos données du cloud pour des raisons de souveraineté ou de coût à long terme.

Verdict — quelle alternative pour quel usage

Le remplacement de S3 n’est pas une décision unique — c’est une matrice usage × profil de trafic. Voici le verdict, condition par condition.

Vous faites du backup ou de l’archivage, volume > 5 To, lectures rares : prenez Backblaze B2. À 6,95 $/To avec egress gratuit jusqu’à 3×, c’est le moins cher pour stocker beaucoup et lire peu. Couplez-le avec Cloudflare CDN (Bandwidth Alliance) si vous devez occasionnellement restaurer sans frais.

Vous servez des assets web, un CDN ou du contenu téléchargé plus que stocké : prenez Cloudflare R2. L’egress zéro change l’économie du CDN — et l’intégration native au réseau Cloudflare vous donne une latence mondiale sans infrastructure supplémentaire.

Vous voulez une facture simple, prédictible, sans surprise — et vos objets vivent plus de 90 jours : prenez Wasabi. 7,99 $/To tout inclus, pas de frais d’API, pas de calcul d’egress. Le minimum de 90 jours est le prix de cette simplicité.

Vous avez une équipe ops, plus de 50 To, et la latence ou la souveraineté comptent : prenez MinIO. Le coût par téraoctet est le plus bas du marché (1-3 $/To), mais vous échangez des dollars contre des heures de SRE.

La seule erreur serait de ne pas choisir du tout. À 23 $/To de stockage et 90 $/To de sortie, S3 reste le standard de l’industrie — mais son prix est resté figé pendant que le marché du stockage objet S3-compatible a mûri. Ces quatre alternatives couvrent tous les usages, du backup au data lake en passant par le CDN, avec une API que vos outils parlent déjà.

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