CachyOS réécrit Shelly en Zig et pose les fondations de son édition serveur
Le 9 août 2026, CachyOS publie sa cinquième ISO de l’année : le gestionnaire de paquets Shelly est réécrit de C# en Zig et les premiers profils expérimentaux de l’édition serveur apparaissent dans l’installeur. La réécriture en Zig et en Rust est le signal — la distribution orientée performance ne vise plus seulement le poste de jeu.
9 août 2026. CachyOS publie sa cinquième ISO de l’année, et la lecture rapide la rangerait dans la routine : un refresh de plus pour la distribution Arch orientée performance. Sauf que deux détails sortent du lot. Shelly, le gestionnaire de paquets graphique, est réécrit de C# en Zig. Et l’installeur embarque les premiers profils expérimentaux de l’édition serveur.
Pris séparément, chacun de ces éléments est anodin. Pris ensemble, ils racontent une bascule : CachyOS ne se prépare plus seulement à faire tourner des jeux plus vite, mais à installer des serveurs.
Shelly passe de C# à Zig
La réécriture est l’élément le plus technique, et le plus parlant. Shelly abandonne le runtime managé de C# pour des binaires natifs compilés en Zig. L’argument officiel tient en deux mots : moins de mémoire, démarrage plus rapide. C’est un choix de fond, pas un lifting — un gestionnaire de paquets est un outil qu’on lance des dizaines de fois par jour, et son empreinte compte.
Le reste de Shelly suit. L’interface gagne un écran de bienvenue, la navigation en liste ou en grille, l’aperçu des PKGBUILD de l’AUR avec la sortie de build, et une page Utilitaires pour la synchronisation des bases, le nettoyage du cache et la suppression des orphelins.
La partie CLI devient un vrai couteau suisse : recherche intégrée dépôts + AUR, vérification de mise à jour combinée couvrant dépôts, AUR, AppImages et Flatpaks, et sauvegarde/restauration au format TOML. Dernier signal de maturité : Flatpak n’est plus embarqué d’office, mais proposé via le paquet optionnel shelly-flatpak-backend — on découple ce qu’on peut découpler.
L’outillage système se met au Rust
Shelly n’est pas la seule pièce réécrite. Le backend du gestionnaire de noyaux de chwd passe de C++ à Rust, et il est intégré directement dans chwd-kernel. Cachy-Update est rebasé sur Arch-Update 4.x, avec son applet de systray réécrit en Rust.
Les conséquences pratiques sont concrètes. Une nouvelle option --check --enable active la vérification automatique des mises à jour et lance l’applet en une seule commande. La pagination de la barre se règle via TrayUpdatesPerPage, et l’intervalle de vérification par défaut passe à six heures.
Le fil rouge se précise : CachyOS remplace progressivement ses composants les plus sollicités par du Zig et du Rust — des langages à sécurité mémoire qui réduisent la classe de bugs la plus exploitée sur un système. Ce n’est pas un hasard si c’est exactement le travail de fond qu’on attend d’une distribution qui veut toucher au serveur.
Les détails qui montrent le sérieux
En dehors des réécritures, la version illustre une attention aux détails de production. L’installeur bascule Hyprland Noctalia sur noctalia-greeter en remplacement de SDDM, et Cinnamon de lightdm-gtk-greeter vers lightdm-slick-greeter. GNOME gagne gvfs-dnssd, et l’environnement COSMIC récupère cosmic-monitor.
Côté réseau, CachyOS-Welcome voit sa gestion DNS refaite, de sorte que le classement des serveurs basé sur un test de vitesse choisit réellement le DNS le plus rapide. cachyos-rate-mirrors s’appuie désormais sur l’API mirrorlist du projet pour mieux classer les miroirs régionaux et obsolètes.
Et chwd — l’outil de détection matérielle — améliore la reconnaissance des consoles portables par correspondance de board_name, ajoute une localisation bulgare, gère proprement les VM et cite correctement les arguments pacman. Autant de corrections qui ne font pas la une, mais qui décident de la fiabilité au quotidien.
Côté bureau, la version ajoute de nouvelles variantes Noctalia pour mango et niri, porte Noctalia v5 sur les dotfiles Hyprland et met à jour le thème Nord KDE pour Plasma 6.7. Le wiki « gaming » a aussi été nettoyé, avec la suppression d’options de lancement devenues inutiles avec les versions récentes de proton-cachyos-slr. Rien de tout cela n’est du travail serveur — mais c’est le signe d’un projet qui entretient sa base utilisateur pendant qu’il construit l’outillage serveur en dessous.
L’édition serveur sort de l’annonce
L’édition serveur était jusqu’ici une promesse. Annoncée dans la rétrospective 2025 du projet, elle visait trois niches — NAS, postes de travail, serveurs — avec une configuration durcie, des réglages pré-ajustés et une image vérifiée que les hébergeurs pourraient déployer pour leurs clients.
Cette édition franchit maintenant une étape : les profils d’installation expérimentaux sont présents dans l’installeur CLI, qui a lui-même reçu plusieurs correctifs et un refactoring. On est encore loin d’une image « vérifiée » prête pour un hébergeur, mais l’infrastructure d’installation commence à exister.
Le socle technique s’y prête. CachyOS est en Btrfs par défaut, ce qui sert le NAS — intégrité des données, snapshots, gestion des volumes — bien avant de servir le bureau. Le projet ne part pas de zéro.
Le pari du rolling release sur un serveur
Reste la question de fond, et elle n’a rien de cosmétique. Historiquement, rolling release et serveur fiable vont mal ensemble : un serveur veut des versions stables et éprouvées, quand Arch livre les dernières versions en continu. C’est précisément ce qui rend CachyOS rapide sur le poste de travail, et risqué en production.
Le monde du serveur Linux est dominé par Debian et RHEL, tous deux conservateurs par conception. Une édition serveur basée sur Arch, même durcie, devra répondre à une question simple : comment garantit-on qu’une mise à jour ne casse pas un service à trois heures du matin ? L’annonce parle d’une image vérifiée — ce qui suggère une piste immutable, où l’on teste l’image avant de la déployer plutôt que de mettre à jour à chaud. C’est la voie plausible, mais elle reste à démontrer.
En pratique : ce qu’un homelab peut tester
La promesse du NAS se teste dès aujourd’hui avec le socle Btrfs par défaut. Sur une machine CachyOS, un snapshot avant mise à jour tient en une commande :
# Snapshot Btrfs en lecture seule avant une mise à jour
sudo btrfs subvolume snapshot -r / /snapshots/avant-syu-$(date +%F) Et la mise à jour elle-même ne demande aucune intervention manuelle — le chemin reste le pacman habituel :
sudo pacman -Syu C’est la bonne façon de jauger l’édition serveur : la même fraîcheur qu’Arch, mais avec un filet de sécurité que la configuration par défaut rend enfin possible.
Verdict
CachyOS est en train de faire exactement ce qu’il faut pour être pris au sérieux : durcir son outillage (Zig, Rust), découpler ses composants et préparer son installeur serveur. La cinquième ISO de l’année est moins un produit qu’un signal d’intention.
Si vous hébergez un homelab ou un NAS et que vous voulez la fraîcheur d’Arch avec des optimisations de performance, l’édition serveur de CachyOS mérite un banc d’essai dès qu’elle sortira en image testable. Si vous exploitez de la production critique, la question du rolling release reste entière : restez sur Debian ou RHEL, et traitez CachyOS Server comme un candidat à observer, pas encore à adopter.
Références
- CachyOS — CachyOS August 2026 Release, 9 août 2026, https://cachyos.org/blog/2608-august-release/
- Linuxiac — CachyOS August 2026 Release Rewrites Shelly in Zig, Prepares Server Edition, août 2026
- Linuxiac — CachyOS Plans New Server Edition With Hardened Defaults, décembre 2025
- Phoronix — CachyOS August 2026 Release Preps For Upcoming Server Edition, août 2026