COSMIC Epoch 1.6 ajoute le volume par application et prépare le bureau à distance
Le 18 août 2026, System76 publie COSMIC Epoch 1.6, son environnement de bureau écrit en Rust : volume audio par application, protocoles Wayland récents et premières briques du bureau distant. Les utilisateurs de Pop!_OS peuvent installer la mise à jour sans attendre.
18 août 2026. System76 publie COSMIC Epoch 1.6, la dernière itération de son environnement de bureau écrit en Rust. Au menu : le volume audio par application — la fonctionnalité la plus demandée —, deux protocoles Wayland récents dans le compositeur, et les premières briques du bureau à distance. C’est une version sans fonctionnalité spectaculaire, et c’est précisément pour ça qu’elle compte : COSMIC passe du prototype au daily driver.
Le chemin parcouru se mesure à ce que cette version ne contient pas : pas de grand bouleversement d’interface, pas de nouveau paradigme. Juste une douzaine de dépôts synchronisés d’un coup, des bugs gênants écrasés et un son enfin gérable finement.
Le volume par application, enfin
La demande traînait depuis les premières alphas de COSMIC. Sur un bureau classique, régler le son se fait globalement : un curseur pour tout, et tant pis si le navigateur hurle pendant que votre appel vidéo chuchote. COSMIC Epoch 1.6 ajoute dans cosmic-settings le routage audio par application : chaque logiciel a son propre niveau et sa propre sortie, directement dans les paramètres.
C’est un détail de confort, mais c’est le genre de détail qui décide de l’adoption d’un bureau au quotidien. Personne ne change d’environnement pour un gestionnaire de fenêtres plus élégant ; on change quand le confort de base est au rendez-vous. Et System76 le sait : plutôt que d’empiler des fonctionnalités, l’équipe a passé cette version à polir ce qui existait déjà.
Le curseur de volume du systray illustre la démarche. Il est désormais debouncé de 128 ms pour éviter que les montées de volume rapides ne provoquent des saccades audio. Le launcher ne scintille plus quand on écrase la touche Ctrl. Le terminal gagne des bordures autour des panneaux scindés et des menus contextuels dans son champ de saisie. Rien de clinquant ; tout ce qui comptait.
Wayland mûrit, le bureau distant se dessine
Sous le capot, les changements les plus techniques touchent cosmic-comp, le compositeur Wayland construit sur smithay. Il supporte désormais wl-dmabuf-v6, la version récente du protocole de partage de tampons GPU, et récupère le retour de présentation des surfaces plein écran — une correction concrète contre le tearing dans les jeux et la lecture vidéo.
Le signal le plus intéressant est ailleurs : le compositeur ajoute le protocole EI (emulated input). Ce n’est pas anodin. EI est la fondation technique du bureau à distance : il permet à un client distant d’injecter des événements de saisie de manière standardisée et sécurisée. Epoch 1.6 ne propose pas encore le bureau distant, mais il en pose la première pierre, aux côtés du travail déjà engagé sur le sujet.
La logique est cohérente avec la stratégie de System76. Pop!_OS reste aujourd’hui sur GNOME, mais COSMIC est appelé à le remplacer. Un bureau destiné à équiper des postes professionnels vendus par System76 doit un jour faire tourner une session distante correctement — c’est un prérequis d’entreprise, pas un gadget. En amontant EI maintenant, l’équipe verrouille ce chantier avant même de l’annoncer.
Du polish, pas du bloat
Le reste de la version tient en une série de corrections dont chacune a fait hurler quelqu’un. cosmic-files ne gèle plus la session dans une boucle de dialogue infinie quand le montage d’un partage SMB ou NFS échoue. Le rendu des glyphes en HiDPI est enfin corrigé, éliminant les textes crénelés sur écrans haute densité. cosmic-greeter bloque les mots de passe vides sur les comptes qui en exigent un, et détecte logind au moment de l’exécution, ce qui le rend plus à l’aise dans les conteneurs et les installations minimales.
Côté sécurité toujours, cosmic-greeter accepte désormais les formats d’image JPEG-XL et AVIF. Le démon de paramètres cesse de paniquer quand un écran rapporte une luminosité maximale de -1, et prend mieux en compte les événements de branchement AC via upower.
La liste complète est sur la page de release epoch-1.6.0 sur GitHub, avec le diff complet entre 1.5.0 et 1.6.0. Le dépôt affiche encore 1 800 issues ouvertes : COSMIC reste un chantier, mais un chantier dont la feuille de route est désormais lisible.
Pourquoi Rust, pourquoi un nouveau bureau
Derrière Epoch 1.6 se joue un pari stratégique. System76 vend des ordinateurs Linux — les stations Thelio, les portables Lemur Pro et Oryx Pro — et ne pouvait pas rester dépendant d’un GNOME dont la feuille de route lui échappe. COSMIC est écrit en Rust avec la boîte à outils maison libcosmic. L’argument tient en deux mots : sûreté mémoire. Un environnement de bureau est un assemblage de code bas niveau qui manipule des tampons, des descripteurs de fenêtres et des régions de mémoire partagée ; l’écrire en Rust élimine à la compilation toute une classe de crashs et de failles qui hantent les extensions en C.
Le compositeur cosmic-comp, bâti sur smithay, est le cœur du projet. Smithay est une bibliothèque de compositeurs Wayland en Rust, et COSMIC en est aujourd’hui le plus grand banc d’essai en production. Chaque protocole que COSMIC amonte — wl-dmabuf-v6 pour les tampons GPU, EI pour l’entrée distante, retour de présentation pour la synchronisation — profite à tout l’écosystème smithay, pas seulement à System76. C’est ce qui rend le projet intéressant au-delà de Pop!_OS : il tire une bibliothèque libre vers l’amont.
Reste la question du calendrier. Pop!_OS continue de livrer GNOME par défaut, et COSMIC y est disponible en parallèle ; il deviendra l’environnement principal quand l’équipe le jugera prêt. Le dépôt affiche encore 1 800 issues ouvertes, et System76 parle d’un projet pluriannuel. Epoch 1.6 ne change pas cette trajectoire — il la rend simplement plus crédible, version après version.
Cette version confirme aussi une cadence de publication régulière : les epochs 1.4, 1.5 et 1.6 se sont succédé en quelques mois, chacune apportant des corrections plutôt qu’une refonte. C’est le rythme d’un projet qui vise la stabilité incrémentale — la marque d’un logiciel destiné à équiper des machines vendues, pas seulement bricolées le week-end.
Verdict
Epoch 1.6 confirme la trajectoire : COSMIC n’est plus un prototype, c’est un bureau que l’on peut installer le matin et utiliser le soir. Le volume par application et la correction HiDPI enlèvent les deux irritants qui poussaient les curieux à retourner vers GNOME au bout d’une semaine.
Si vous êtes sur Pop!_OS, installez la mise à jour via les mises à jour système habituelles : c’est un gain net de confort, sans risque de régression majeure. Si vous êtes sur une autre distribution, la question reste ouverte — COSMIC s’essaie en standalone depuis les dépôts GitHub, mais c’est un pari sur un écosystème encore en construction.
Le critère de décision est simple : si votre usage quotidien tient en un navigateur, un terminal et quelques applications Flatpak, COSMIC en 1.6 est déjà viable ; si vous dépendez d’extensions GNOME ou d’outils de bureau avancés, attendez encore deux ou trois epochs. Dans les deux cas, retenez la leçon de cette version : le bureau qui gagnera n’est pas celui qui ajoute le plus, c’est celui qui finit ce qu’il a commencé.
Références
- Phoronix, « COSMIC Epoch 1.6 Released With Per-App Volume Control, Remote Desktop Preparations », 18 août 2026.
- Linux Compatible, « System76’s COSMIC Desktop Gets Wayland Upgrades and Per-App Audio in Epoch 1.6.0 », 19 août 2026.
- GitHub, « pop-os/cosmic-epoch », release epoch-1.6.0, 18 août 2026.