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Une discussion Fedora propose de remplacer LibreOffice par Collabora Office par défaut

Une discussion Fedora Discourse, relayée le 24 septembre 2026 par Phoronix, propose de remplacer LibreOffice par la suite dérivée Collabora Office sur Fedora Workstation, au motif d’une interface jugée vieillissante. Le débat, encore informel, met à nu la vraie tension du bureau Linux : la gouvernance et le financement, plus que les fonctionnalités.

Un bureau sombre portant deux plaques de bureau noires identiques, celle qu’on soulève luisant d’un éclat ambre le long de sa gravure.

Septembre 2026. Une discussion sur le forum Fedora Discourse propose de remplacer LibreOffice par Collabora Office comme suite bureautique par défaut de Fedora Workstation. 24 septembre 2026. Phoronix relaie le fil, qui compte déjà 47 commentaires — l’un des plus animés de la période récente. Aucune proposition formelle n’a encore été soumise au FESCo. Pourquoi c’est important : le débat ne porte pas sur les fonctionnalités, mais sur ce que la communauté Linux veut vraiment pour son bureau — une suite neutre et communautaire, ou une suite plus polie mais adossée à un fournisseur commercial.

L’argument de départ : une interface « très ancienne »

Le point de départ de la discussion est simple à résumer. Le contributeur à l’origine de la proposition juge l’interface de LibreOffice « très ancienne », et avance que Collabora Office — la version dérivée, développée par Collabora Productivity à partir du code de LibreOffice — offrirait une expérience plus moderne.

L’argument n’est pas sans fondement. LibreOffice traîne une réputation tenace d’interface datée, héritée de ses origines OpenOffice, et ses cycles de refonte de l’expérience utilisateur avancent lentement, faute de contributeurs dédiés à l’ergonomie. Collabora Office, de son côté, embarque des améliorations d’interface et une meilleure fidélité documentaire — la capacité à ouvrir des fichiers Microsoft Office sans casser la mise en page — parce que c’est précisément ce que vend Collabora à ses clients professionnels.

Le raisonnement est donc séduisant : si Fedora veut offrir le meilleur bureau possible à ses utilisateurs, pourquoi ne pas expédier la version la plus travaillée du code LibreOffice ?

Les objections : licence, distribution et gouvernance

Les opposants avancent trois arguments, qui ne relèvent pas du goût mais de la structure.

La licence et la distribution. Collabora Office est distribué principalement en Flatpak, via Flathub. Là où LibreOffice arrive dans Fedora sous forme de RPM natif, intégré aux dépôts et aux mises à jour de la distribution, Collabora Office impose un canal de distribution externe. Pour une distribution qui a fait de l’intégration native et du contrôle de ses paquets une identité, c’est un recul structurel.

Le lien avec les services payants. Les détracteurs soulignent que Collabora Office sert de conduit vers les services payants de Collabora — au premier rang desquels Collabora Online, la suite cloud de l’éditeur. Distribuer Collabora Office par défaut reviendrait, selon cet argument, à transformer un composant central du bureau en vitrine commerciale pour un éditeur tiers.

La gouvernance. C’est le point le plus profond. LibreOffice est gouverné par The Document Foundation (TDF), une fondation indépendante et neutre, tandis que Collabora Office est un produit d’entreprise, piloté par une société commerciale — certes l’un des plus gros contributeurs au projet LibreOffice, mais une société dont les priorités restent commerciales. Remplacer l’un par l’autre, c’est faire basculer la suite par défaut d’une gouvernance communautaire vers une gouvernance d’éditeur.

Le vrai sujet : le financement du bureau libre

Sous ce débat d’apparence binaire se cache la question qui fâche : le financement de la bureautique libre. LibreOffice est l’un des projets open source les plus utilisés au monde, mais il fonctionne avec des moyens modestes au regard de sa base installée, et son rythme de développement — interface, compatibilité, performance — en souffre directement.

Collabora est, ironiquement, l’un des acteurs qui financent le développement de LibreOffice : l’entreprise emploie une partie significative des développeurs du projet et reverse du code en amont. Le débat Fedora met donc face à face deux réalités complémentaires : LibreOffice bénéficie d’une gouvernance neutre mais d’un financement insuffisant, tandis que Collabora Office bénéficie d’un financement commercial mais d’une gouvernance d’éditeur.

C’est ce nœud que la discussion a le mérite d’exposer, même si elle ne le résout pas. Les deux suites partagent l’essentiel de leur code ; ce qui les sépare, c’est la chaîne de décision et la chaîne de financement, pas la technologie.

Un paysage à trois acteurs, pas à deux

Le débat se présente comme un face-à-face LibreOffice contre Collabora Office, mais le paysage réel compte une troisième voie qu’une partie du fil mentionne en creux : OnlyOffice, la suite éditée par Ascensio System, elle aussi fondée sur un moteur open source et réputée pour sa fidélité aux formats Microsoft. Elle illustre le fait que la question posée à Fedora n’est pas « quel fork de LibreOffice choisir », mais bien « quel compromis entre neutralité, polissage et compatibilité la distribution doit-elle offrir par défaut ».

Cette grille de lecture éclaire les positions du fil. LibreOffice coche la case neutralité mais pèche sur le polissage. Collabora Office coche le polissage et la compatibilité mais soulève la gouvernance. OnlyOffice coche la compatibilité mais pose les mêmes questions de licence et de distribution que son concurrent. Aucune des trois ne cumule les trois critères — et c’est précisément pour cela que la décision de Fedora, si elle se formalise un jour, sera politique avant d’être technique.

Cette lecture vaut pour tout gestionnaire de parc. Choisir une suite bureautique libre, ce n’est pas comparer des captures d’écran : c’est arbitrer entre la souveraineté de la gouvernance, la productivité des utilisateurs et la compatibilité avec les fichiers reçus de l’extérieur — trois exigences qui ne s’alignent jamais spontanément.

Ce que Fedora décidera — et ce que cela signifierait

Il faut replacer le débat à sa juste mesure. Une discussion Fedora Discourse n’est pas une décision : pour aboutir, elle devrait devenir une proposition de changement formelle, passer par le FESCo, et survivre aux objections des mainteneurs. À ce stade, rien n’indique qu’elle franchira ces étapes.

Mais le fait même qu’elle existe est un signal. Les utilisateurs de Fedora — distribution réputée proche des mainteneurs GNOME et attentive à l’expérience de bureau — commencent à exprimer publiquement que l’état de la bureautique libre par défaut ne les satisfait plus. Quand une frange de la communauté demande explicitement à troquer LibreOffice contre un dérivé commercial, c’est un vote de défiance à l’égard du rythme de LibreOffice, pas seulement une préférence d’interface.

Trois issues sont sur la table. Conserver LibreOffice par défaut, en assumant la gouvernance neutre. Basculer sur Collabora Office, en assumant le canal Flatpak et le lien commercial. Ou ne rien expédier par défaut, en laissant chaque utilisateur installer la suite de son choix — option déjà défendue par une partie du fil, et cohérente avec l’idée d’un bureau minimaliste.

Verdict

Le débat Fedora est un symptôme, pas une crise. Si vous êtes utilisateur individuel, ne changez rien à votre flux : Collabora Office est déjà installable en Flatpak depuis Flathub, et rien ne vous empêche de le tester — mais pesez ce que vous acceptez en troquant la gouvernance de The Document Foundation contre un canal commercial. Si vous gérez un parc de postes Linux, restez sur LibreOffice en RPM tant que la suite répond à vos besoins : la neutralité de gouvernance et l’intégration native valent, pour un parc, plus qu’une interface un peu plus polie. Si vous êtes contributeur ou mainteneur, retenez la leçon du fil : la communauté ne réclame pas un fork, elle réclame une refonte d’interface et des moyens — c’est au projet LibreOffice et à ses financeurs, dont Collabora lui-même, d’y répondre avant que la question ne se repose en termes plus brutaux.

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