Linux 7.3 nettoie trois systèmes de fichiers — FailFS entre, FreeVxFS sort, NULLFS avait ouvert la voie
Le noyau Linux 7.3, attendu pour septembre 2026, acte la suppression du pilote FreeVxFS après vingt ans d'inactivité et l'arrivée de FailFS, un faux système de fichiers destiné aux tests. Ce ménage d'été illustre une philosophie de maintenance qui distingue Linux de ses concurrents.
3 août 2026. La fenêtre de merge de Linux 7.3 est en cours, et le noyau s’apprête à faire le ménage dans ses systèmes de fichiers. Trois pilotes emblématiques — pour des raisons radicalement différentes — illustrent comment le noyau le plus déployé au monde gère son héritage. FailFS entre comme un outil de test facétieux, FreeVxFS sort après deux décennies sans maintenance réelle, et NULLFS avait déjà ouvert la voie au cycle précédent. Ce n’est pas un nettoyage cosmétique : c’est une décision d’architecture qui protège des millions de serveurs.
Ce que le cycle Linux 7.3 dit du noyau dépasse largement les fichiers eux-mêmes.
FailFS : le système de fichiers qui échoue volontairement
FailFS est le frère jumeau de NULLFS, fusionné dans Linux 7.2 en juillet 2026. Là où NULLFS ne fait absolument rien — chaque opération réussit sans effet — FailFS échoue systématiquement. Un mount réussi, puis toute tentative de lecture, d’écriture ou de stat retourne une erreur.
Le code est minimal : moins de 300 lignes, essentiellement des stubs qui retournent -ENOSYS ou -EIO. L’intérêt n’est pas fonctionnel — personne ne déploie FailFS en production — mais comportemental. Les développeurs du noyau utilisent ces pseudo-systèmes de fichiers pour valider la robustesse des couches supérieures (VFS, page cache, memory management) face à des erreurs explicites.
La logique est la même que celle du chaos engineering appliqué à Netflix ou à AWS : si votre code ne survit pas à un système de fichiers qui refuse tout, il ne survivra pas à un disque qui meurt, un NFS qui timeout ou un FUSE qui segfault. FailFS transforme ces scénarios en tests unitaires reproductibles.
Michael Larabel rapporte dans Phoronix que la proposition a été bien accueillie par Linus Torvalds lui-même, qui a noté que « c’est exactement le genre de chose que les gens écrivent en interne et ne soumettent jamais ». L’upstreaming de FailFS rend ce comportement disponible pour tous les mainteneurs, sans qu’ils aient à réinventer un stub dans leur coin.
FreeVxFS : vingt ans de sursis, zéro utilisateur
À l’autre bout du spectre, Linux 7.3 s’apprête à supprimer FreeVxFS, le pilote en lecture seule pour le système de fichiers Veritas VxFS, historiquement utilisé par HP-UX et SCO UnixWare.
Le pilote a été introduit dans le noyau au début des années 2000. Il n’a jamais dépassé le stade de la lecture seule, n’a jamais supporté les versions récentes du format VxFS, et n’a reçu aucune contribution fonctionnelle depuis 2008. Les seuls changements des quinze dernières années sont des corrections mécaniques liées aux refontes internes du VFS — des changements qui touchent tous les pilotes, pas FreeVxFS spécifiquement.
Le patch de suppression, soumis par le mainteneur du sous-système Christian Brauner, est clinique : suppression de fs/freevxfs/ entier, retrait des entrées Kconfig correspondantes. Aucun débat, aucune opposition. Le silence lui-même est un verdict.
Ce qui est remarquable n’est pas que FreeVxFS soit retiré, mais qu’il ait survécu aussi longtemps. Le noyau Linux a une culture de compatibilité ascendante quasi absolue — on ne casse pas l’espace utilisateur — mais cette règle s’applique aux interfaces, pas au code mort. FreeVxFS n’était pas une interface utilisée ; c’était un fossile qui traversait les cycles sans justification.
La suppression de FreeVxFS n’affecte personne. Si vous avez besoin de lire un volume VxFS en 2026, vous utilisez probablement une machine virtuelle HP-UX 11i v3 émulée, pas un montage direct sur un noyau Linux récent. Et si vous stockez encore des données actives sur VxFS, vous avez un problème plus urgent que la sortie de Linux 7.3.
NULLFS : le précédent qui a normalisé le nettoyage
NULLFS, fusionné dans Linux 7.2, a créé le précédent. Ce système de fichiers « complètement catatonique » — pour reprendre les mots de sa propre documentation — ne fait rien, consomme zéro ressource, et existe uniquement pour fournir un point de montage inoffensif aux tests de la couche VFS.
Son acceptation dans le noyau principal a envoyé un signal : le noyau accueille les pilotes dont l’utilité est interne au développement, pas uniquement ceux qui servent un cas d’usage utilisateur. C’est un changement culturel subtil mais important — le noyau n’est pas seulement un produit, c’est aussi une plateforme de développement pour ses propres mainteneurs.
FailFS est le prolongement direct de cette logique. L’un ne fait rien et réussit ; l’autre ne fait rien et échoue. Ensemble, ils couvrent les deux extrêmes du comportement d’un système de fichiers, offrant aux développeurs un moyen standardisé de tester la robustesse du noyau.
Verdict
Linux 7.3 ne changera pas la vie des utilisateurs finaux. Aucune nouvelle fonctionnalité spectaculaire, aucune optimisation de performance qui fera la une des benchmarks. Mais c’est précisément ce type de cycle — où l’on supprime du code mort que personne n’ose toucher et où l’on upstream des outils de test que personne n’osait soumettre — qui maintient la soutenabilité du noyau à long terme.
Si vous maintenez des systèmes Linux en production, votre plan d’action est simple : rien. FreeVxFS ne vous concerne pas, FailFS ne vous sera jamais exposé, NULLFS est transparent. La leçon est ailleurs : le noyau Linux fait le ménage que vos propres bases de code méritent. Quand avez-vous supprimé pour la dernière fois un module que personne n’utilise depuis 2008 ?
Références
- Phoronix, « Linux 7.3 Looks Like It Will Upstream FailFS », 3 août 2026.
- Phoronix, « Linux 7.3 Expected To Drop The FreeVxFS File-System Driver », 3 août 2026.
- Phoronix, « NULLFS Merged For Linux 7.2 », juillet 2026.
- LKML, patch series « fs: remove freevxfs », Christian Brauner, août 2026.