Linux 7.3 sort ce dimanche, et ses RC viennent d’attraper une perte de données silencieuse
Le 12 octobre 2026, Linus Torvalds publie le septième et probablement dernier candidat de Linux 7.3, dont la sortie finale est attendue le 18 octobre. Ce cycle de RC a mis au jour un bug qui jetait silencieusement des écritures depuis Linux 6.6 ; si vous êtes sur un noyau LTS, restez-y — 7.3 n’est pas un noyau à long terme.
12 octobre 2026. Linus Torvalds publie Linux 7.3-rc7, le septième et probablement dernier candidat avant la sortie finale. 18 octobre 2026. La version stable est attendue « le week-end prochain », selon les mots mêmes de Linus dans l’annonce. Depuis Linux 6.6. Un bug jetait silencieusement des écritures, et c’est ce cycle de RC qui l’a attrapé. Pourquoi c’est important : 7.3 n’est pas un noyau LTS, mais sa phase de test vient de démontrer, chiffres à l’appui, pourquoi la cadence hebdomadaire des candidats existe — et pourquoi personne ne devrait faire tourner une RC en production.
Un cycle d’activation matérielle, pas une révolution
7.3 ne porte pas de « killer feature » unique. C’est un cycle d’activation matérielle et de virtualisation, comme l’a résumé la couverture spécialisée : des fondations pour l’informatique confidentielle dans KVM via le travail sur guest_memfd, des thermiques plus fines des deux côtés — les Directed Package Thermal Interrupts d’Intel routent désormais les interruptions thermiques vers un seul cœur désigné — et une montée continue de Rust dans le cœur des pilotes, avec des avancées sur Nouveau et Nova, le pilote NVIDIA en Rust.
Le chantier le plus symbolique reste Apple Silicon. La série de Sven Peter apportant le support initial Thunderbolt et USB4 aux machines M1, M2 et M3 a été postée pour ce cycle, révisée en cours de route, mais elle est toujours en revue au stade de rc7 : si elle ne passe pas avant la sortie finale, elle glissera vers 7.4. Pour l’utilisateur, la conséquence est simple — les connexions XDomain et l’USB3 via tunnels USB4 fonctionnent dans la série, mais le tunneling PCIe et DisplayPort n’y sont pas encore. Concrètement, un utilisateur qui branche des périphériques USB ordinaires sur ses ports USB4 sera couvert une fois la série fusionnée ; celui qui compte sur un eGPU ou un écran USB4 devra rester sur la pile downstream Asahi encore un cycle.
Sur le front de la virtualisation, le travail avance en deux couches. 7.3 intègre le socle — la refonte des crochets de préparation et d’invalidation de guest_memfd, menée par Sean Christopherson — tandis que la machine complète de conversion en place, une série de 44 patchs portée par Ackerley Tng, reste dans l’arbre KVM CoCo en vue de la fenêtre de fusion de 7.4. Pour les machines virtuelles confidentielles sous AMD SEV-SNP et Intel TDX, c’est la brique qui permettra de basculer une page de privé à partagé sans réallocation, en gardant des attributs stables sur les chemins d’entrée-sortie paravirtualisés.
La RC qui a attrapé une perte de données de 2023
C’est l’histoire qui justifie à elle seule l’existence des candidats de version. Le bug, dont le code fautif a été introduit en juillet 2023 et livré dans chaque noyau depuis Linux 6.6, combinait des hugepages transparentes, des limites mémoire cgroup et une pression de récupération mémoire : des écritures émises après un MADV_FREE pouvaient être silencieusement abandonnées. Pas d’erreur, pas de crash — des écritures perdues. Il a touché en production des utilisateurs de la bibliothèque d’analyse Polars. Une correction d’une ligne, fusionnée via l’arbre urgent x86 juste après 7.3-rc3 à la mi-septembre, a été marquée pour backport vers les branches stables, ce qui la fait redescendre jusqu’aux noyaux LTS de l’ère 6.6.
Le même cycle a attrapé un second problème d’intégrité des données : rc3 a désactivé la décompression glissante LZ4 d’EROFS sur des craintes de corruption. Deux sauvegardes d’intégrité dans un seul cycle — c’est exactement le rôle que la cadence hebdomadaire est censée jouer, et la raison pour laquelle une RC reste un logiciel de test.
Le « nouveau normal » de l’IA dans les correctifs
Il y a une sous-histoire que Linus a nommée lui-même. Dans l’annonce de 7.3-rc6, début octobre, il a parlé d’un « nouveau normal de l’IA », avec « la moitié du diff constituée de correctifs de pilotes » et une part significative de petites corrections de chemins d’erreur — le genre de correctifs que la génération de code par IA tend à produire, désormais visibles dans le diffstat.
Le sous-système réseau l’a ressenti le plus fort. Jakub Kicinski a détourné plus de cinquante correctifs non urgents vers net-next pour 7.4 plutôt que de les caser dans la queue du cycle, en l’assumant : « vous ne serez probablement pas impressionnés par la taille de cette PR, mais c’est après avoir écarté 50 correctifs vers net-next et demandé aux sous-arbres de tailler leurs PR ». L’effet concret : des semaines de RC plus bruyantes, et des correctifs non critiques qui arrivent un cycle plus tard.
Savoir où vous en êtes : trois commandes
Avant de vous soucier de ce qui arrive, sachez ce que vous faites tourner. Deux commandes suffisent presque à elles seules, et elles se comportent à l’identique sur Ubuntu, Fedora et Arch parce qu’elles lisent l’interface du noyau, pas un emballage de distribution.
uname -r imprime la version en cours — par exemple 7.0.0-38-generic sur une Ubuntu 26.04.1 LTS de test. cat /proc/version ajoute l’hôte de build, l’architecture et le compilateur. cat /etc/os-release identifie la distribution. La comparaison à faire est simple : rapprochez le résultat de uname -r de l’échelle publiée sur kernel.org — la ligne stable, la ligne mainline, et les longterm. Si votre numéro correspond déjà à la ligne stable, vous êtes à jour et rien ne requiert d’action aujourd’hui.
Qui attend 7.3, et qui n’en a pas besoin
Le calendrier est désormais à peu près certain : les sept RC sont sorties, rc7 a atterri le 12 octobre avec un léger retard de six heures que Linus a imputé à un mélange de jours après le Kernel Maintainer Summit et la Linux Plumbers Conference, et la version finale est attendue le 18 octobre — le 25 seulement si un rc8 de stabilisation s’ajoute. Ni l’un ni l’autre n’est une date annoncée : c’est une cadence de calendrier.
Et 7.3 n’est pas un noyau LTS. La liste longterm ne contient que 6.18, 6.12, 6.6, 6.1, 5.15 et 5.10 ; par le précédent de 6.12 et 6.18, c’est la version 7.x de fin d’année qui sera candidate au long terme. Ubuntu 26.10, « Stonking Stingray », sorti le 15 octobre, embarque déjà une série 7.3 — son bêta tournait sur un 7.3.0-9-generic — et recevra les derniers correctifs par mises à jour. Fedora suivra quelques semaines après la finale, Arch et CachyOS plus vite encore.
Verdict
Le geste utile n’est pas d’installer 7.3, c’est de savoir où vous en êtes. Si vous êtes sur un noyau LTS (6.12, 6.6 ou plus ancien), restez-y : 7.3 n’apporte rien que vous ne récupérerez pas par backports, et le bug de perte de données est justement en train de redescendre vers ces branches. Si vous êtes sur Ubuntu 26.10, vous avez déjà une série 7.3 — laissez les mises à jour apporter les correctifs de la finale, ne passez pas sur une RC mainline. Si vous suivez une rolling release, vous aurez 7.3 dans les semaines qui viennent sans rien faire. Dans tous les cas, exécutez uname -r et comparez à l’échelle de kernel.org : la seule mauvaise posture, c’est de faire tourner une RC — ce cycle vient de prouver qu’elle peut encore cacher une perte de données silencieuse.