Votre MPLS coûte 2 000 € par mois et par site — le SD-WAN fait la même chose sur une box fibre à 30 €
Le MEF a publié le standard MEF 70 en juillet 2019, Broadcom a racheté VMware VeloCloud en novembre 2023, et FlexiWAN a passé les 4 000 comptes en 2025 en proposant du SD-WAN open source. Le marché du SD-WAN pèse 3,4 milliards de dollars en 2024 et devrait atteindre 13,7 milliards en 2028 selon Gartner — voici pourquoi votre contrat MPLS est en train de devenir un abonnement à un cheval de trait.
En juillet 2019, le MEF (Metro Ethernet Forum) publie le standard MEF 70 qui définit pour la première fois ce qu’est un SD-WAN. En novembre 2023, Broadcom rachète VMware pour 61 milliards de dollars, embarquant au passage VeloCloud, la solution SD-WAN leader du marché. En 2025, le projet open source FlexiWAN franchit les 4 000 comptes créés, preuve qu’une alternative sans licence par Mbps est viable. Ces trois dates racontent la même histoire : le MPLS est mort, il ne le sait juste pas encore.
Le principe du SD-WAN est simple à expliquer et brutal dans ses conséquences budgétaires. Là où le MPLS vous enferme dans un contrat unique avec un opérateur unique pour un débit garanti à prix d’or, le SD-WAN prend n’importe quel lien Internet — fibre, 4G/5G, Starlink, cuivre si vous êtes nostalgique — et le transforme en segment d’un réseau privé unifié, piloté depuis une console centrale. Le résultat : vous remplacez un lien MPLS à 1 500 € par mois par deux box fibre à 35 €, avec une redondance et une agilité que le MPLS ne peut pas offrir.
Le MPLS, c’était bien en 2005
Le MPLS (Multiprotocol Label Switching) a dominé les WAN d’entreprise pendant vingt ans pour une bonne raison : il garantit un débit, une latence et une qualité de service que l’Internet grand public ne pouvait pas offrir. Un opérateur vous vend un lien dédié entre votre siège et votre agence, avec un SLA contractuel — 99,95 % de disponibilité, gigue inférieure à 5 ms, coupure garantie en moins de 4 heures. En échange, vous payez ce que l’opérateur veut.
Les chiffres sont connus de tous les DSI mais rarement imprimés. Un lien MPLS 10 Mbps entre deux sites en France métropolitaine coûte entre 300 € et 800 € par mois selon les opérateurs et la distance. Un lien 100 Mbps monte à 1 200 — 2 000 € par mois. Pour un réseau de 50 sites, la facture annuelle dépasse facilement le million d’euros — avant même d’avoir acheté le moindre routeur.
Et ce modèle a trois défauts structurels que le SD-WAN attaque de front.
Premièrement, la rigidité. Changer d’opérateur sur un lien MPLS prend entre 30 et 90 jours — le temps de résilier, de commander une nouvelle ligne, de la tester, de migrer le trafic. Le SD-WAN branche un nouveau lien en quelques heures : vous ajoutez une box 5G sur le routeur SD-WAN, le plan de contrôle la découvre automatiquement, et le trafic bascule.
Deuxièmement, le coût du backhauling. Avec un MPLS, tout le trafic Internet d’une agence remonte au datacenter central avant de sortir sur le web — c’est le modèle hub-and-spoke classique. Résultat : un utilisateur de l’agence de Brest qui consulte Office 365 voit ses paquets faire Brest → Paris → Internet → Paris → Brest, avec une latence doublée et une bande passante gaspillée. Le SD-WAN fait du local breakout : le trafic vers Office 365, Zoom ou Salesforce sort directement par la box fibre locale, sans jamais traverser le lien WAN.
Troisièmement, l’absence de redondance réelle. Ajouter un deuxième lien MPLS pour la redondance double la facture. En SD-WAN, vous cumulez une box fibre à 35 € et une clé 4G à 15 €, et le plan de contrôle répartit le trafic en fonction de la qualité de chaque lien en temps réel — perte de paquets, latence, gigue.
Ce que le SD-WAN change concrètement
Un SD-WAN repose sur trois briques que le MPLS ne possède pas.
L’overlay réseau. Le SD-WAN crée un réseau virtuel chiffré (IPsec ou WireGuard) par-dessus vos liens Internet physiques, appelés l’underlay. Ce tunnel overlay est agnostique au transport — fibre Orange, coaxiale SFR, 5G Bouygues, Starlink, peu importe. Le plan de contrôle voit chaque lien comme un « transport » interchangeable, et choisit le meilleur chemin paquet par paquet. C’est la couche qui rend le SD-WAN multi-opérateur et multi-technologie.
Le plan de contrôle centralisé. Là où un routeur MPLS se configure en CLI, site par site, un SD-WAN se pilote depuis une interface unique — cloud ou on-premise. Vous définissez des politiques (« le trafic Teams passe en priorité sur le lien avec la plus faible gigue ; la réplication de backup utilise le lien le moins cher ») et le plan de contrôle les pousse vers tous les edge devices en quelques secondes. Le zero-touch provisioning (ZTP) permet de déployer un nouveau site en branchant un boîtier sur le courant et l’Ethernet — le routeur s’annonce au contrôleur, télécharge sa configuration, et monte les tunnels.
L’optimisation WAN. Le SD-WAN ne se contente pas de choisir le meilleur chemin : il corrige les défauts du chemin en temps réel. Forward Error Correction (FEC) envoie des paquets redondants pour reconstituer les pertes sans retransmission TCP — critique pour la VoIP et la visioconférence sur un lien xDSL à 1 % de perte. Packet duplication envoie les paquets voix en double sur deux liens simultanément et garde le premier arrivé. Dynamic path selection mesure la gigue, la latence et la perte de paquets 10 à 20 fois par seconde et bascule le flux avant que l’utilisateur ne perçoive une dégradation.
Le standard MEF 70 (2019) définit précisément ces fonctions et sert de référence pour comparer les solutions SD-WAN. Un produit qui ne fait pas de policy-based routing dynamique et de FEC n’est pas un SD-WAN — c’est un routeur multi-WAN avec une bonne interface.
Le chiffre qui tue : 1 500 € vs 70 €
Ramenez le débat au prix et il n’y a plus de débat.
Prenons un réseau de 20 sites. En MPLS, avec un lien 20 Mbps par site et un lien 200 Mbps au siège, la facture mensuelle est d’environ :
- 19 liens MPLS 20 Mbps × 500 € = 9 500 € par mois
- 1 lien MPLS 200 Mbps pour le siège = 1 800 € par mois
- Total MPLS : 11 300 € par mois, soit 135 600 € par an, hors matériel
En SD-WAN, avec le même réseau :
- 20 box fibre pro (Orange, SFR, Free) à 35 — 50 € par mois = 1 000 € par mois
- 20 clés 4G/5G de backup à 15 € par mois = 300 € par mois
- Licence SD-WAN (Cisco Catalyst SD-WAN, tarif public) : ~150 € par site et par mois = 3 000 € par mois
- Total SD-WAN : 4 300 € par mois, soit 51 600 € par an
Le SD-WAN coûte 62 % de moins que le MPLS, pour une bande passante 10 à 100 fois supérieure (une box fibre pro délivre 200 Mbps à 1 Gbps, contre 20 Mbps en MPLS), une redondance 4G incluse que le MPLS ne fournit pas, et un déploiement en heures au lieu de semaines.
Et l’écart se creuse si vous utilisez une solution open source comme FlexiWAN — la licence disparaît, il ne reste que le coût des liens et du matériel. À ce stade, le MPLS devient une anomalie comptable.
Quatre solutions pour remplacer votre MPLS
Le marché SD-WAN s’est structuré en quatre approches, du datacenter au labo.
Cisco Catalyst SD-WAN (ex-Viptela, racheté par Cisco en 2017 pour 610 millions de dollars) est la solution « tout Cisco » pour les grands comptes. Le plan de contrôle est hébergé dans le cloud Cisco ou on-premise via vManage, les edge devices sont les routeurs de la gamme Catalyst 8000. Cisco pousse fort l’intégration avec Umbrella (DNS security), ThousandEyes (visibilité Internet) et Duo (MFA) pour construire une offre SASE complète. Le ticket d’entrée est élevé — comptez 150 à 300 € par site et par mois en licence — mais l’intégration native entre SD-WAN, firewall et sécurité DNS simplifie la vie des équipes déjà 100 % Cisco. Nestlé a migré 1 700 sites dans 185 pays sur cette solution.
VMware VeloCloud (désormais Broadcom VeloCloud depuis novembre 2023) est le leader historique en part de marché, avec une architecture qui place des VMware SD-WAN Gateways dans les datacenters et chez les grands fournisseurs cloud (AWS, Azure, GCP). Ces gateways servent de points d’agrégation pour le trafic SD-WAN et permettent un déploiement sans contrôleur on-premise — seul un VeloCloud Edge (physique ou virtuel) est installé sur site. L’acquisition par Broadcom a introduit une incertitude sur le licensing et le support que beaucoup d’entreprises ont ressentie comme un signal d’alarme.
FlexiWAN est la seule solution open source du marché, fondée en 2019 et disponible en SaaS ou auto-hébergée. Contrairement à tous les autres acteurs, FlexiWAN facture par instance (3 $, 9 $ ou 29 $ par mois selon le tier), pas par Mbps — un modèle économique qui casse la logique « plus vous consommez, plus vous payez » des grands éditeurs. L’architecture est modulaire : le routeur FlexiWAN peut charger dynamiquement des applications tierces (firewall, routage, WAN optimization) comme un smartphone charge des apps. Le projet revendique une validation Intel sur Xeon Scalable et un partenariat avec Google Cloud pour une offre conjointe. L’opérateur O2 Telefonica Allemagne l’utilise pour son service « Business Smart Network ».
pfSense (et son successeur OPNsense) ne sont pas des SD-WAN au sens MEF 70 — ils ne font ni FEC ni packet duplication — mais couvrent 80 % des besoins d’une PME qui veut juste remplacer un MPLS par deux box fibre avec bascule automatique. Le multi-WAN de pfSense supporte le load balancing, le failover et le policy-based routing (Teams sur la fibre, backup sur la 4G, surf sur le coaxial). La configuration se fait en GUI, les appliances Netgate démarrent à 189 €, et la licence pfSense+ est gratuite pour un usage personnel et facturée 129 $ par an pour le support pro (TAC Lite). Pour une PME de 5 sites, pfSense fait le job pour moins de 3 000 € de matériel en one-shot, sans abonnement récurrent — là où un déploiement Cisco équivalent coûte 150 € × 5 × 12 = 9 000 € par an rien qu’en licences.
Le choix dépend de votre taille. Pas de votre budget — le SD-WAN est systématiquement moins cher.
Ce que le SD-WAN ne fait pas
Adopter un SD-WAN ne règle pas tout. La sécurité n’est pas incluse par défaut. Le SD-WAN chiffre les tunnels (IPsec) mais ne filtre pas le contenu qui passe dedans. Si vous remplacez un MPLS par un SD-WAN sans ajouter de NGFW au niveau de chaque edge device, vous avez remplacé une ligne sécurisée par un tunnel au-dessus d’Internet sans inspection. Cisco et VMware le savent et poussent leurs offres SASE (SD-WAN + SWG + CASB + ZTNA) — mais c’est un produit supplémentaire, pas une fonction du SD-WAN.
La QoS de bout en bout n’est garantie que sur votre overlay. Le SD-WAN fait des miracles sur ce qu’il contrôle (le choix du lien, le marquage DSCP, la FEC), mais une fois le paquet sorti de votre edge device, il traverse l’Internet public ou le backbone d’un opérateur — et là, c’est le best-effort qui reprend ses droits. Le MPLS reste supérieur sur un point précis : la gigue déterministe de bout en bout, garantie contractuellement par un opérateur unique. Pour du trading haute fréquence ou de la télémédecine temps réel, le SD-WAN seul ne suffit pas — il faut soit garder un lien MPLS résiduel pour ce trafic spécifique, soit monter en gamme sur du SD-WAN over private backbone (Aryaka, Cato Networks).
L’auto-hébergement a un coût humain. FlexiWAN et pfSense éliminent le coût des licences, mais vous rendent responsable du tuning, des mises à jour et du troubleshooting. Pour une équipe réseau de 2 personnes qui gère déjà 200 sites, une licence Cisco à 150 € par mois peut être moins chère que le temps passé à debugger un tunnel IPsec à 3 h du matin.
Le verdict
Si vous avez un contrat MPLS en cours, faites le calcul maintenant. Prenez votre facture mensuelle par site, comparez-la à deux box fibre pro (35 € × 2 = 70 €) + une licence SD-WAN (150 € pour Cisco, 29 $ pour FlexiWAN), et regardez le delta. Le seul cas où le MPLS reste défendable en 2026, c’est si votre trafic exige une gigue inférieure à 5 ms de bout en bout avec un SLA opposable — et cela ne concerne ni votre ERP, ni votre VoIP, ni votre réplication de backups.
Si vous êtes une PME de moins de 20 sites, ne regardez même pas Cisco ou VMware. Prenez FlexiWAN (si vous avez une équipe réseau qui sait lire une doc) ou pfSense en multi-WAN (si vous voulez du clic-bouton). La différence de prix avec un déploiement MPLS est telle qu’elle finance le salaire de la personne qui fait la migration en moins de six mois.
Si vous êtes un grand compte avec 500 sites et une infra 100 % Cisco, prenez Cisco Catalyst SD-WAN. Ce n’est pas le moins cher, mais l’intégration native avec le reste de l’écosystème Cisco (ISE, Umbrella, ThousandEyes) réduit le coût de la courbe d’apprentissage à zéro. Votre équipe réseau connaît déjà la syntaxe — le SD-WAN devient une feature de vos routeurs, pas un nouveau produit à apprendre.
Dans tous les cas, la question n’est pas « est-ce que le SD-WAN est prêt pour mon réseau ». La réponse est oui depuis 2019. La question est : combien de mois de MPLS payez-vous avant d’appuyer sur le bouton ?
Références
- MEF 70 — SD-WAN Service Attributes and Service Framework, MEF, juillet 2019.
- Gartner Forecast Analysis: SD-WAN, Worldwide, Gartner, 2024.
- Cisco SD-WAN — Solution Overview, Cisco, consulté juillet 2026.
- VMware SD-WAN by VeloCloud — Documentation, VMware/Broadcom, consulté juillet 2026.
- flexiWAN — The World’s First Open Source SD-WAN & SASE, flexiWAN, consulté juillet 2026.
- pfSense Multi-WAN — Documentation, Netgate, consulté juillet 2026.
- Broadcom Completes Acquisition of VMware, Broadcom, 22 novembre 2023.
- Cisco Completes Acquisition of Viptela, Cisco, 1ᵉʳ août 2017.
- Nestlé revamps global network with Cisco SD-WAN, Cisco Blog, consulté juillet 2026.
- O2 Telefonica selects flexiWAN for Business Smart Network, flexiWAN, consulté juillet 2026.