Immich remplace Google Photos dès qu’on a un NAS et une sauvegarde hors site
Immich publie sa version 3.0 le 2 juillet 2026, neuf mois après sa première version stable et un mois après le bilan de ses deux ans sous l’aile de FUTO. Il remplace Google Photos à condition d’investir dans un mini PC et d’organiser une vraie sauvegarde hors site : sans cette discipline, la bascule est un pari perdant.
Le 2 juillet 2026, Immich publie sa version 3.0. La bascule vers VectorChord pour la recherche vectorielle, entamée depuis la version 1.133 en mai 2025, devient obligatoire : le support de pgvecto.rs est abandonné, et les instances qui n’ont pas terminé la migration ne doivent pas sauter directement en 3.x. Treize jours plus tard, la 3.0.3 corrige une faille de contrôle d’accès sur le partage d’albums, référencée CVE-2026-59258 et notée 8,3 sur l’échelle CVSS : un éditeur d’album pouvait s’auto-promouvoir propriétaire et évincer le vrai propriétaire.
C’est le bon moment pour évaluer sérieusement le projet, pas seulement pour ses promesses. Google a mis fin au stockage illimité gratuit de Google Photos en juin 2021 ; en 2026 le service est intégré à Google AI Pro et facturé par paliers, environ 80 € par an pour 200 Go et à partir de 99,99 € la première année pour 2 To (219,99 € au renouvellement). Immich, lui, ne coûte que le matériel, l’électricité et le temps qu’on est prêt à y consacrer. Reste à savoir si ce temps-là vaut vraiment l’économie, et pour qui.
Où en est le projet mi-2026
Immich a quitté le statut expérimental le 1ᵉʳ octobre 2025 avec la version 2.0.0 : à partir de là, l’éditeur promet une compatibilité serveur/mobile par version majeure (n’importe quel client 2.x fonctionne avec n’importe quel serveur 2.x) et une mise à jour sans étape spéciale, docker compose pull && docker compose up -d suffit, sauf changement de majeure comme celui de juillet 2026. Un mois avant la 3.0, l’éditeur a publié un bilan de ses deux premières années passées sous l’aile de FUTO, la structure à but non lucratif qui salarie l’équipe : trois développeurs sont passés à temps plein le 1ᵉʳ mai 2024, l’équipe rémunérée compte aujourd’hui une dizaine de personnes réparties dans le monde ; le modèle reste celui du don volontaire, aucune fonctionnalité n’est aujourd’hui verrouillée derrière un paiement.
Le rythme de publication donne une bonne idée de la maturité réelle : v2.6 en mars, v2.7 en avril, v3.0 début juillet 2026, avec à chaque fois des correctifs de sécurité en quelques jours plutôt qu’en quelques mois. La v3.0 ajoute aussi des choses concrètes pour qui héberge sa photothèque au quotidien : un contrôle d’intégrité qui compare les fichiers sur disque à la base de données et signale les fichiers orphelins ou les sommes de contrôle qui ne correspondent plus, et une refonte de la sauvegarde en arrière-plan sur Android — un point faible documenté de longue date dans les tickets GitHub du projet.
Le matériel qu’il faut vraiment
La documentation officielle annonce un minimum de 6 Go de RAM et 2 cœurs, avec 8 Go et 4 cœurs recommandés pour un usage confortable, y compris pendant les imports massifs. Un piège apparu avec la v3 : le conteneur de machine learning en amd64 exige désormais un processeur compatible x86-64-v2, un niveau que la quasi-totalité des puces vendues depuis 2012 atteint, mais qui peut coincer un vieux NAS Atom ou un Celeron d’entrée de gamme resté sous le radar. Les architectures arm64 (Raspberry Pi 4/5, la plupart des NAS Synology et QNAP récents) ne sont pas concernées par cette contrainte précise, mais restent plus lentes sur la reconnaissance faciale et la recherche par similarité sans accélération dédiée.
Côté stockage, comptez large : la génération des miniatures et les transcodages vidéo ajoutent 10 à 20 % au volume brut de la photothèque, donc prévoyez environ 600 Go de disque utile pour 500 Go de photos et vidéos d’origine. Une carte graphique n’est pas nécessaire pour démarrer, mais elle change la donne au-delà de quelques dizaines de milliers de clichés ou d’une bibliothèque vidéo en 4K : NVENC, QuickSync et VAAPI sont pris en charge pour le transcodage, CUDA est le backend le plus fiable pour accélérer la reconnaissance faciale et la recherche sémantique. Il est aujourd’hui impossible de mélanger des GPU de fournisseurs différents entre plusieurs nœuds de calcul.
Pour un foyer, la cible réaliste en 2026 est un mini PC à base d’Intel N305, 16 à 32 Go de RAM et un SSD NVMe d’un téraoctet : ce type de machine se trouve autour de 250 à 300 $ chez les revendeurs génériques, hors frais de douane et TVA pour un achat en France. Un NAS Synology ou QNAP déjà en place fait tout aussi bien l’affaire, tant qu’il tient les seuils de RAM ci-dessus.
Un docker-compose qui tourne
Voici la structure minimale, alignée sur le fichier officiel du projet (docker/docker-compose.yml dans le dépôt GitHub) :
name: immich
services:
immich-server:
container_name: immich_server
image: ghcr.io/immich-app/immich-server:${IMMICH_VERSION}
volumes:
- ${UPLOAD_LOCATION}:/data
- /etc/localtime:/etc/localtime:ro
env_file: [.env]
ports: ['2283:2283']
depends_on: [redis, database]
restart: always
immich-machine-learning:
container_name: immich_machine_learning
image: ghcr.io/immich-app/immich-machine-learning:${IMMICH_VERSION}
volumes: [model-cache:/cache]
env_file: [.env]
restart: always
redis:
container_name: immich_redis
image: docker.io/valkey/valkey:9
restart: always
database:
container_name: immich_postgres
image: ghcr.io/immich-app/postgres:14-vectorchord0.4.3-pgvectors0.2.0
environment:
POSTGRES_PASSWORD: ${DB_PASSWORD}
POSTGRES_USER: ${DB_USERNAME}
POSTGRES_DB: ${DB_DATABASE_NAME}
volumes: [${DB_DATA_LOCATION}:/var/lib/postgresql/data]
shm_size: 128mb
restart: always
volumes:
model-cache: Trois précisions qui évitent des heures de dépannage. D’abord, le fichier officiel épingle aussi l’image Postgres par un digest SHA-256 exact, ce qui garantit une reproductibilité totale — recommandé en production, omis ici pour la lisibilité, mais à récupérer directement depuis github.com/immich-app/immich/releases/latest plutôt que copié d’un article, y compris celui-ci : l’image change à chaque montée de version majeure. Ensuite, fixez IMMICH_VERSION à un tag exact (v3.0.3, pas release) dans le .env : un tag flottant fait basculer toute la stack au prochain redémarrage, sans que vous ayez choisi le moment. Enfin, n’exposez jamais le port 2283 directement sur Internet : passez par un reverse proxy avec authentification en amont, ou mieux, par un réseau privé type Tailscale — l’assistant d’installation qui s’ouvre au premier démarrage crée le compte administrateur sans aucune protection tant que le port reste ouvert.
Plus de surface d’attaque qu’avec Google
Auto-héberger, c’est devenir son propre service de sécurité. En un an, Immich a publié des correctifs pour une prise de contrôle de compte via une faille OAuth2 (state non vérifié, CVSSv4 8,8, mi-2025), une élévation de privilèges où une clé API pouvait s’octroyer elle-même les droits d’administrateur (corrigée en 2.5.0), un cross-site scripting stocké dans le visualiseur de panoramas 360°, et la faille de partage d’albums CVE-2026-59258 déjà citée. Rien d’anormal pour un projet de cette taille et de cette vitesse de développement ; chez Google, ce travail de veille et de correctif est invisible pour l’utilisateur final, assuré par une équipe de sécurité dédiée à plein temps. Chez soi, il faut suivre les release notes et appliquer les correctifs dans les jours qui suivent leur publication, pas au prochain trimestre.
Sauvegarder ce que Google faisait sans qu’on y pense
Une instance Immich contient deux choses distinctes à protéger : les fichiers originaux dans UPLOAD_LOCATION, et la base Postgres qui porte les métadonnées, les albums, les visages reconnus et les liens de partage. Depuis la version 2.x, Immich génère automatiquement des dumps de la base dans UPLOAD_LOCATION/backups, configurables depuis l’interface d’administration — un vrai progrès qui évite d’avoir à scripter cette étape soi-même. Un export manuel reste utile pour vérifier que tout fonctionne :
docker exec -t immich_postgres pg_dumpall --clean --if-exists \
--username=postgres | gzip > immich-db-$(date +%F).sql.gz Ce dump automatique ne remplace pas une copie hors site. La règle 3-2-1 s’applique ici sans exception : trois copies, deux supports différents, une copie ailleurs que chez vous. Un rclone sync planifié vers un espace de stockage objet couvre cette dernière copie à faible coût : une Storage Box Hetzner BX11 d’un téraoctet revient à 3,20 € par mois hors TVA, Backblaze B2 facture environ 6 $ par téraoctet et par mois avec une sortie gratuite jusqu’à trois fois le volume stocké. Pour importer une photothèque Google Photos existante, l’outil communautaire immich-go lit directement les archives ZIP d’un export Google Takeout sans les décompresser, et préserve les dates de prise de vue, la géolocalisation et les albums — un point sur lequel les scripts maison échouent souvent.
Ce que Google fait encore mieux
Sur trois points, Google garde une vraie avance. La recherche conversationnelle d’abord : Ask Photos, propulsée par Gemini, comprend des requêtes en langage naturel comme « la photo où on portait tous des pulls de Noël moches » et vient de recevoir, le 20 juillet 2026, un sélecteur pour basculer entre recherche classique et Ask Photos. Immich reste sur une recherche par mots-clés, visages et objets via CLIP, efficace mais littérale. L’édition générative ensuite : les outils « Help me edit » et Nano Banana de Google retouchent une photo à partir d’une simple instruction texte, quand Immich se limite au recadrage et à la rotation non destructifs depuis la 3.0. Le partage avec des proches peu technophiles enfin : un lien Google Photos s’ouvre sans rien installer ni comprendre, quand un partage Immich suppose souvent d’expliquer ce qu’est une instance personnelle.
Le verdict
Si vous disposez déjà d’un NAS ou pouvez investir environ 300 € dans un mini PC de type N305 avec 16 Go de RAM, et si vous êtes prêt à payer 3 à 6 € par mois pour une copie chiffrée hors site et à appliquer les correctifs dans la semaine suivant chaque CVE publiée, Immich remplace Google Photos sans perte fonctionnelle sérieuse pour un usage familial — vous gagnez l’absence de plafond de stockage et le contrôle total de vos données. Si vous n’avez ni le temps de suivre les release notes du projet, ni de budget pour la sauvegarde hors site, ou si la recherche conversationnelle et l’édition générative comptent plus que la confidentialité, restez sur Google Photos, ou faites tourner Immich en parallèle comme copie secondaire plutôt qu’en remplacement complet : la pire des deux options est une bascule sans sauvegarde réelle, où la panne d’un seul disque efface ce que Google n’aurait jamais perdu.
Références
- Release v2.0.0 — Stable, immich-app/immich, 1ᵉʳ octobre 2025.
- Release v3.0.0, Immich Blog, 2 juillet 2026.
- Release v3.0.3, immich-app/immich, 15 juillet 2026.
- FUTO — 2 years later, Immich Blog, 1ᵉʳ juin 2026.
- Requirements, documentation Immich.
- Hardware Transcoding, documentation Immich.
- Backup and Restore, documentation Immich.
- immich before 3.0.3 contains a broken access control vulnerability — GHSA-mxpm-jvrh-gcj5, GitHub Advisory Database.
- CVE-2026-23896 : Immich Privilege Escalation Vulnerability, SentinelOne.
- CVE-2025-43856 : OAuth2 Account Hijacking Flaw Found in Immich, Security Online.
- Google Photos gets a toggle between classic search and Ask Photos, 9to5Google, 20 juillet 2026.
- Google One (AI Pro) : Storage Plans and Prices for 2026, Spliiit.
- Storage Box BX11, Hetzner.
- B2 Cloud Storage Pricing, Backblaze.
- immich-go, simulot, dépôt GitHub.