42 outils de dev dans un container Docker de 29 Mo — votre couteau suisse numérique
IT-Tools regroupe 80+ utilitaires de développement dans une interface web stateless, chiffrée en 29 Mo et déployable en une commande Docker. Si vous googlisez encore « base64 decode online » ou « cron expression generator », vous perdez du temps et de la confidentialité chaque semaine.
IT-Tools est né en avril 2022 sous le clavier de Corentin Thomasset, un développeur français qui voulait remplacer ses vingt onglets de convertisseurs en ligne par une seule page web. Le projet a depuis franchi les 40 000 étoiles GitHub et les 10 millions de pulls Docker. Son image compressée pèse 28,6 Mo. Son code — Vue.js, TypeScript, Naive UI — tourne entièrement côté client : aucune donnée ne quitte votre navigateur.
La promesse est radicale dans sa simplicité : un docker run suffit à déployer une page web qui remplace tous les sites de conversion base64, générateurs de UUID, validateurs de JSON, parseurs de JWT et calculatrices de sous-réseaux que vous consultez chaque semaine — avec zéro publicité, zéro mouchard, et une latence qui se mesure en dixièmes de milliseconde puisque tout s’exécute dans votre navigateur sur votre réseau local.
Ce qu’il y a dedans — et ce qui manque
IT-Tools regroupe plus de 80 outils répartis en huit catégories thématiques, toutes accessibles depuis une barre de recherche Cmd+K. L’interface distingue ce projet de la concurrence : un design épuré sur fond sombre, des favoris persistants dans le localStorage du navigateur, et une traduction dans neuf langues dont le français.
Voici les catégories et les outils les plus utiles au quotidien :
- Crypto — Token generator, hash text (MD5, SHA-1/256/512, SHA-3, RIPEMD160), bcrypt, UUID/ULID generator, encrypt/decrypt AES/TripleDES/Rabbit/RC4, générateur de clés RSA, vérificateur de signatures PDF
- Convertisseurs — Base64 string et file encoder, JSON ↔ YAML ↔ TOML ↔ CSV ↔ XML, date-time converter, integer base converter (binaire/hex/octal/base64), color converter (hex/rgb/hsl), case converter
- Web — URL encoder/decoder, URL parser, JWT parser, device information, HTTP status codes, MIME type lookup, Open Graph meta generator, OTP code generator, user-agent parser
- Développement — Regex tester avec antisèche intégrée, cron expression parser, SQL prettifier, Git cheatsheet, JSON diff, JSON minify/prettify, XML formatter, Markdown to HTML, chmod calculator, Docker run to Compose converter
- Réseau — IPv4 subnet calculator, IPv4/IPv6 converter, MAC address lookup et generator, random port generator, IPv6 ULA generator
- Texte — Lorem ipsum generator, text statistics, text diff, numeronym generator, emoji picker, string obfuscator, ASCII art text drawer, phone parser, IBAN validator
- Images — QR code generator, WiFi QR code generator, SVG placeholder generator, camera recorder
- Math — Math evaluator, ETA calculator, percentage calculator, temperature converter, benchmark builder
Ce qui manque — volontairement —, c’est tout ce qui nécessiterait un backend. IT-Tools n’a pas d’authentification, pas de base de données, pas de persistance côté serveur. Vos favoris sont stockés dans votre navigateur. Si vous videz votre cache, vous les perdez. C’est un trade-off assumé par Corentin Thomasset : la simplicité du déploiement prime sur les fonctionnalités qui exigeraient un état.
Une seule commande, et c’est tout
IT-Tools est l’une des applications Docker les plus triviales à déployer. Aucune variable d’environnement, aucun volume, aucun secret, aucune base de données. Le container embarque Nginx pour servir les fichiers statiques et c’est tout. La totalité du calcul s’exécute dans le navigateur via Web Workers et JavaScript.
docker run -d \
--name it-tools \
--restart unless-stopped \
-p 8080:80 \
corentinth/it-tools:latest Version Docker Compose pour ceux qui versionnent leur stack :
services:
it-tools:
image: corentinth/it-tools:latest
container_name: it-tools
restart: unless-stopped
ports:
- "8080:80" La consommation de ressources est dérisoire : ~20 Mo de RAM au repos, un CPU qui ne bronche pas puisque Nginx ne fait que distribuer du HTML et du JavaScript. Le container peut tourner sur un Raspberry Pi 4, un mini-PC à 150 € ou un VPS à 3 € par mois. Aucune maintenance : pas de mise à jour de base de données, pas de migration de schéma, pas de backup à planifier. L’image contient tout.
Pour exposer IT-Tools derrière un domaine avec HTTPS, il suffit de le placer derrière un reverse proxy — Traefik, Nginx Proxy Manager ou Caddy — comme n’importe quelle application web statique. IT-Tools est également disponible en un clic sur Cloudron, Tipi et Unraid via leurs stores respectifs.
IT-Tools vs CyberChef — deux philosophies opposées
La comparaison avec CyberChef — l’outil de manipulation de données développé par le GCHQ — est inévitable. Les deux projets couvrent le même territoire (encodage, hachage, chiffrement), mais leurs approches sont diamétralement opposées.
CyberChef est conçu pour le chaînage d’opérations : vous empilez des « recettes » (Base64 decode → AES decrypt → inflate → render image) et le flux de données traverse chaque étape séquentiellement. C’est l’outil idéal pour un analyste forensic ou un pentester qui doit désosser un payload obfusqué en cinq couches. L’interface est dense, les recettes s’exportent, et la courbe d’apprentissage est réelle.
IT-Tools fait le pari inverse : un outil = une tâche. Chaque utilitaire a sa propre page avec une interface dédiée, des contrôles explicites et une documentation intégrée. Le JWT parser affiche le header, le payload et la signature dans trois colonnes distinctes. Le générateur de UUID permet de sélectionner la version (v1, v4, v6, v7) d’un clic. Le testeur de regex montre les groupes capturés en temps réel avec des couleurs distinctes.
Le tableau ci-dessous résume le positionnement :
docker run, 29 Mo, zéro configCe ne sont pas des concurrents — ce sont deux outils qui se complètent sur une même étagère. Si vous débuggez un token JWT ou générez un certificat RSA, IT-Tools est plus rapide. Si vous devez extraire une payload malveillante enfouie sous quatre couches d’obfuscation, CyberChef est irremplaçable.
Le cas d’usage qui justifie l’installation
Prenons un scénario concret — une semaine de travail d’un développeur full-stack qui héberge ses projets sur un homelab.
Lundi : un token JWT expire avant l’heure prévue. Ouvrir IT-Tools, coller le token, vérifier le champ exp en clair. Mardi : générer une paire de clés RSA pour un nouveau service. Mercredi : convertir une spec Swagger YAML en JSON pour l’importer dans une CI. Jeudi : calculer le sous-réseau d’un nouveau VLAN Docker. Vendredi : générer un QR code Wi-Fi pour un nouveau collaborateur.
Sans IT-Tools, ces cinq tâches impliquent cinq sites web différents, cinq collectes de données publicitaires distinctes, cinq latences variables selon la charge du serveur distant. Avec IT-Tools, elles prennent moins de trente secondes chacune, sans quitter votre réseau local.
L’argument de la confidentialité est tout aussi concret. Les sites de conversion en ligne — base64decode.org, jwt.io, jsonformatter.org — sont des collecteurs de données comme les autres. Ils enregistrent ce que vous collez dans leurs champs de texte — adresses IP, tokens, clés, payloads JSON contenant parfois des identifiants ou des secrets. IT-Tools élimine ce risque par conception : tout s’exécute en JavaScript dans votre navigateur, et l’unique aller-retour réseau est le chargement initial des fichiers statiques. Vous pouvez le vérifier en ouvrant l’onglet Network des DevTools après le chargement : aucun paquet ne sort.
Verdict : installez-le même si vous n’en avez pas « besoin »
IT-Tools appartient à cette catégorie rare de logiciels self-hosted dont le coût d’entrée est si proche de zéro que ne pas l’installer est une décision active. Vingt-neuf mégaoctets de bande passante, une ligne dans votre docker-compose.yml, zéro maintenance — et en échange, vous ne referez plus jamais une recherche Google pour « base64 decode », « jwt decoder » ou « json to yaml ».
Le verdict est à trois niveaux :
- Homelab débutant (moins de 10 conteneurs) : installez IT-Tools en premier, avant même Portainer. C’est le couteau suisse qui vous servira tous les jours pendant que vous montez le reste de votre stack.
- Développeur solo sur un poste unique : ouvrez simplement it-tools.tech. L’instance publique de Corentin Thomasset offre la même garantie de traitement client-side — vos données ne quittent pas votre navigateur même sur la version hébergée. La version self-hosted n’apporte ici que l’indépendance réseau (LAN offline) et le contrôle de disponibilité.
- Équipe de développement derrière un VPN : déployez IT-Tools sur le serveur interne. C’est l’outil partagé par excellence — pas de comptes, pas de permissions, juste une URL que tout le monde connaît et qui marche.
IT-Tools ne remplace rien — il élimine la friction. Le jour où vous cherchez « base64 decode » dans votre barre d’URL et que vous atterrissez sur votre propre instance plutôt que sur un site couvert de pubs, vous avez gagné.
Références
- IT-Tools — Site officiel — instance publique maintenue par Corentin Thomasset
- IT-Tools GitHub Repository — 40k stars, GPLv3
- IT-Tools Docker Hub — 28.6 MB, 10M+ pulls
- IT-Tools — Guide d’installation selfhosting.sh — mis à jour février 2026
- IT-Tools sur Noted — review par Jeremy, mars 2023
- CyberChef — GCHQ — outil de manipulation de données
- Corentin Thomasset — Site personnel