Mealie aspire toutes vos recettes éparpillées sur le web en un clic
Avec 12 800 étoiles GitHub et un scraper capable d’importer depuis n’importe quel site de cuisine, Mealie est devenu le gestionnaire de recettes auto-hébergé de référence. Si vos favoris traînent dans 47 onglets, vos signets et trois applications différentes, il est temps de tout centraliser.
Juin 2026. Mealie franchit le cap des 12 800 étoiles sur GitHub pour 1 400 forks. Le projet, maintenu par hay-kot et une communauté de contributeurs actifs, enchaîne les releases de la série v3.x à un rythme quasi hebdomadaire. La v3.20, publiée fin juin, affine le moteur d’import — celui-là même qui fait de Mealie un aspirateur à recettes capable d’avaler le contenu de n’importe quel site de cuisine en collant une URL.
Pendant ce temps, vos recettes continuent de s’empiler dans 47 onglets Chrome jamais fermés, trois applis de signets que vous avez oubliées, et un dossier recettes/ sur Google Drive qui ressemble à un cimetière de PDF mal nommés. Il est temps de ranger.
Ce que Mealie fait — et pourquoi c’est différent
Mealie est un gestionnaire de recettes auto-hébergé sous licence AGPL-3.0, écrit en Python (FastAPI) avec un frontend Vue.js. Il ne se contente pas de stocker des recettes — il les importe, les organise, les planifie et génère vos listes de courses. Le tout depuis un navigateur, sans application native.
Le workflow type tient en quatre actions :
- Import — vous collez l’URL d’une recette, Mealie extrait le titre, les ingrédients, les étapes, le temps de préparation et l’image. La magie opère sur la quasi-totalité des sites de cuisine grand public (Marmiton, BBC Good Food, AllRecipes, Serious Eats, NYT Cooking…).
- Organisation — chaque recette rejoint des catégories (Entrée, Plat, Dessert), des tags (Végétarien, Rapide, Congélable) et des cookbooks (collections thématiques). Vous retrouvez votre bolognaise en deux secondes.
- Meal planning — un calendrier hebdomadaire avec glisser-déposer. Vous attribuez des recettes aux jours de la semaine, et Mealie fait le reste.
- Liste de courses — un clic sur le plan de la semaine, et Mealie fusionne les ingrédients de toutes les recettes en une liste unique, dédoublonnée, avec les quantités additionnées. Vous partez faire les courses avec une checklist propre, pas avec six onglets ouverts.
Ce que Mealie ne fait pas : du suivi nutritionnel avancé (aller voir Tandoor pour ça), de l’OCR sur des recettes manuscrites, ou de la gestion de stocks de placard (regardez Grocy). Ce n’est pas un ERP de cuisine — c’est le meilleur hub de recettes familial du marché self-hosted.
L’import de recettes — le vrai tueur
Le killer feature de Mealie, c’est son moteur d’import par URL. Derrière le champ où vous collez un lien se cache un scraper qui exploite les données structurées schema.org/Recipe (JSON-LD) présentes sur la plupart des sites de cuisine modernes. Quand le balisage structuré est absent ou incomplet, Mealie bascule sur des scrapers spécifiques par domaine.
En pratique, ça signifie que vous pouvez aspirer une recette depuis Marmiton, 750g, BBC Good Food, NYT Cooking, Serious Eats, Budget Bytes ou n’importe quel blog WordPress qui utilise un plugin de recettes standard. Le taux de succès dépasse 90 % sur les sites grand public — un chiffre qu’aucun concurrent self-hosted n’atteint.
Depuis la v3.22 (juillet 2026), Mealie ajoute deux leviers supplémentaires pour les sites coriaces : le support d’un proxy HTTP pour contourner les blocages IP, et l’intégration de FlareSolverr pour passer les challenges Cloudflare. Vous hébergez FlareSolverr en sidecar, et Mealie s’en sert en dernier recours. Aucune configuration n’est nécessaire pour les sites classiques — ça fonctionne out of the box.
Quand l’import échoue — un blog sans balisage structuré, un site 100 % JavaScript — l’éditeur manuel prend le relais. Il supporte le Markdown pour la mise en forme des instructions, et le parser d’ingrédients NLP comprend des entrées comme « 2 grandes tomates mûres » ou « 1/2 tasse de farine tamisée » sans intervention manuelle.
Le Docker Compose qui se déploie en cinq minutes
L’installation tient en deux services Docker — l’application et une base de données. Pour un usage familial, SQLite suffit amplement et vous économisez le conteneur PostgreSQL :
services:
mealie:
image: ghcr.io/mealie-recipes/mealie:v3
container_name: mealie
restart: unless-stopped
ports:
- "9925:9000"
environment:
ALLOW_SIGNUP: "true"
TZ: "Europe/Paris"
BASE_URL: "https://recettes.mondomaine.fr"
DB_ENGINE: "sqlite"
volumes:
- mealie_data:/app/data
volumes:
mealie_data: docker compose up -d Ouvrez http://votre-ip:9925, connectez-vous avec [email protected] / MyPassword, changez immédiatement l’email et le mot de passe, puis passez ALLOW_SIGNUP à "false". Vous êtes prêt à importer.
Pour les familles nombreuses ou les instances partagées, PostgreSQL remplace SQLite en trois variables d’environnement supplémentaires (POSTGRES_USER, POSTGRES_PASSWORD, POSTGRES_SERVER). La migration se fait en changeant DB_ENGINE — Mealie gère le reste.
Côté ressources, comptez ~150 Mo de RAM au repos et ~250 Mo en usage actif. Un Raspberry Pi 4 fait tourner l’application pour une famille sans broncher. Pour les reverses proxies, un BASE_URL correctement renseigné et un bloc Nginx Proxy Manager ou Traefik standard suffisent.
Un plan de repas qui génère votre liste de courses
Le meal planner de Mealie est un calendrier en glisser-déposer. Vous faites glisser une recette sur un jour, et elle s’y ancre. Une semaine de repas se planifie en trente secondes — vous savez exactement ce que vous allez manger de lundi à dimanche.
Le vrai gain, c’est la liste de courses unifiée. Un clic sur le plan de la semaine, et Mealie agrège tous les ingrédients, fusionne les doublons (« 2 oignons » dans la bolognaise + « 1 oignon » dans la soupe = « 3 oignons »), et les regroupe par sections d’épicerie (fruits et légumes, épicerie, frais). Vous ouvrez la liste sur votre téléphone — Mealie est une PWA installable sur l’écran d’accueil — et vous cochez au fur et à mesure.
Le parser NLP intégré est ce qui rend cette fusion fiable. Il comprend les variations naturelles (« 2 gousses d’ail », « ail : 2 gousses », « 2 cloves garlic ») et normalise les unités. Il n’est pas parfait — les ingrédients libellés de manière très exotique lui échappent parfois — mais il couvre largement l’usage quotidien sans que vous ayez à reformater vos recettes.
Depuis peu, Mealie intègre un bouton de sauvegarde flottant dans l’éditeur de recettes, des statistiques globales (nombre de recettes, de plans, d’utilisateurs) et une API REST documentée en OpenAPI qui expose toutes les entités — recettes, plans, listes, tags, catégories. Vous pouvez brancher Mealie sur Home Assistant, pousser des recettes depuis un script, ou construire une interface de courses personnalisée. L’intégration Home Assistant officielle existe, et la communauté a produit des applications mobiles non officielles (MealieSwift sur iOS, entre autres).
Tandoor — l’alternative pour ceux qui veulent un couteau suisse
Impossible de parler de Mealie sans mentionner Tandoor Recipes, l’autre poids lourd du self-hosted. Tandoor est un gestionnaire de recettes sous Django, plus ancien que Mealie, avec une philosophie différente.
Là où Mealie mise sur la simplicité et l’intégration fluide entre import, planification et courses, Tandoor se positionne comme un couteau suisse de la cuisine numérique. Il intègre le suivi nutritionnel détaillé via les bases USDA FoodData Central et OpenFoodFacts — calories, macros, allergènes par ingrédient. Il propose une interface en 25 langues avec des traductions communautaires solides. Il embarque un module OCR expérimental pour numériser des recettes manuscrites ou imprimées. Son système de permissions est plus granulaire — vous pouvez gérer plusieurs foyers indépendants sur une seule instance.
Le prix à payer : Tandoor exige PostgreSQL, consomme ~400 Mo de RAM en usage actif, et son import d’URL est moins fiable que celui de Mealie sur les sites au balisage non standard. Son interface, basée sur des templates Django/Bootstrap, est fonctionnelle mais visuellement datée face au frontend Vue.js de Mealie.
Le verdict est simple : si vous voulez importer des recettes du web, planifier vos repas et générer vos courses sans friction, prenez Mealie. Si vous avez besoin de tracking nutritionnel détaillé, de support multilingue avancé ou de numérisation de vieux carnets de recettes, Tandoor est le meilleur choix.
Verdict
Mealie est le gestionnaire de recettes auto-hébergé qu’il faut installer en premier. Son import d’URL est le plus fiable du marché, le pipeline plan de repas → liste de courses est le plus intégré, et l’interface est à une génération d’avance sur la concurrence. Le tout pour zéro euro de licence et une empreinte mémoire qui tient sur un Raspberry Pi.
Installez-le si vous avez plus de 50 recettes éparpillées entre vos signets, vos onglets et vos captures d’écran. Installez-le si plusieurs personnes dans votre foyer cuisinent et ont besoin d’un socle commun. Installez-le si vous en avez assez des sites de cuisine qui noient une liste d’ingrédients dans 3 000 mots de storytelling avant de vous laisser accéder à la recette.
Ne l’installez pas si votre besoin principal est le tracking nutritionnel (prenez Tandoor), la gestion de stocks alimentaires (prenez Grocy), ou la numérisation de recettes papier (prenez Tandoor pour son OCR, ou un scanner + saisie manuelle).
Pour tout le reste — cette bolognaise que vous refaites depuis dix ans, ce banana bread découvert sur un blog australien, ce curry thaï dont vous ne retrouvez jamais la bonne version — Mealie aspire tout, centralise tout, et vous rend vos soirées.