OpenCloud 9.0 ajoute l’accès invité par e-mail et vise le partage souverain sans compte
Le 27 octobre 2026, OpenCloud publie la version 9.0 de sa plateforme de fichiers souveraine, avec un accès invité par e-mail sans compte et le support d’OpenShift. C’est une release roulante : suivez le chemin de mise à niveau documenté, puis évaluez l’accès invité si vous partagez des fichiers avec des partenaires externes.
27 octobre 2026. OpenCloud publie sa version 9.0.0, une rolling release de sa plateforme de partage de fichiers et de collaboration souveraine. 27 octobre 2026. La nouveauté phare, l’accès invité, permet de partager avec une personne sans compte, identifiée par son e-mail. 27 octobre 2026. La charte Helm gagne le support d’OpenShift, et la release embarque 146 corrections de bugs. Pourquoi c’est important : le fork d’ownCloud Infinite Scale comble son principal écart face aux plateformes SaaS — le partage avec un partenaire externe — sans renoncer à la souveraineté ni au modèle sans licence par utilisateur.
L’accès invité, la réponse au lien public anonyme
Le partage public a un défaut structurel : un lien est anonyme. Quiconque le détient a accès, et personne ne peut dire qui s’en est servi. C’est acceptable pour un envoi ponctuel, inutilisable pour un travail suivi avec un client ou un prestataire.
L’accès invité de OpenCloud 9.0 tranche le problème. On saisit l’e-mail de la personne dans la boîte de dialogue de partage, on choisit un rôle — de lecteur à éditeur, les mêmes que pour un utilisateur interne — et c’est fait. L’invité reçoit un lien à usage unique, valable 30 minutes, et commence à travailler immédiatement. Chaque accès est journalisé avec l’adresse e-mail : contrairement à un lien public, un invité est toujours une personne identifiée.
Le mécanisme est pensé pour la friction minimale sans renoncer à la traçabilité. La session dure 24 heures ; quinze minutes avant son expiration, le client web prévient l’invité, qui la renouvelle avec un PIN envoyé par e-mail. Comme tout partage, l’accès peut porter une date d’expiration, après laquelle aucun nouveau lien n’est émis. L’administrateur règle la durée de session, la durée de vie des liens et des PIN, et les limites de débit des renouvellements.
La limite à connaître : l’accès invité est web uniquement, sans synchronisation desktop ni mobile. C’est le bon outil pour un partenaire externe occasionnel, pas pour un collaborateur permanent — lui garde un compte complet avec son mot de passe ou son MFA.
Sur le plan opérationnel, la 9.0 reste une rolling release : il n’y a pas de canal « stable » séparé, mais un flux continu de versions testées avant publication. Le dépôt pose d’ailleurs un prérequis explicite — suivre les instructions de mise à niveau 9.x avant de basculer — notamment parce que les templates d’e-mails personnalisés passent d’un fichier unique à trois (layout.html.tmpl, message.html.tmpl, digest.html.tmpl). Un déploiement qui surcharge l’ancien template sans adopter le nouveau schéma se retrouve avec des e-mails au rendu incohérent après la mise à jour.
Une release de maturité plus que de rupture
Le reste de la 9.0 consolide l’existant plutôt qu’il ne réinvente le produit.
La recherche couvre désormais les tags. Un terme de recherche correspond aux noms de tags, pas seulement aux noms de fichiers et au contenu ; le tag correspondant s’affiche sous chaque résultat, et la liste des tags devient un filtre à part entière. Les dossiers restent en tête pour tous les ordres de tri, avec une option « Dossiers d’abord » que l’on peut désactiver. Les partages se mettent à jour en direct : un dossier reçu apparaît dans « Partagé avec moi » sans recharger la page, et un partage révoqué disparaît de la même façon — y compris pour les invités.
Côté App Store, l’interface passe en grille ou en liste, les applications maintenues par OpenCloud portent un badge officiel, et chaque application déclare une plage de versions compatibles : si une mise à jour casse une app, son statut passe au rouge avec l’explication. La prévisualisation gagne les formats HEIC, HEIF et AVIF ; l’app Apollon ajoute des diagrammes UML collaboratifs ; l’interface est entièrement bidirectionnelle (RTL) pour l’arabe et l’hébreu ; et les e-mails de notification adoptent un nouveau design basé sur le système de design d’OpenCloud.
Le chiffre qui résume la discipline : 146 corrections de bugs, dont beaucoup trouvées par des tests exploratoires assistés par l’IA. Avant chaque release roulante, l’équipe exécute des tests de mise à niveau, exploratoires et les suites API/UI existantes — un filet que l’on voit rarement à ce niveau dans l’écosystème self-hosted.
La position d’OpenCloud dans le paysage self-hosted
OpenCloud n’est pas un nouvel entrant. C’est le fork d’ownCloud Infinite Scale (oCIS), la version cloud-native réécrite en Go dont les composants ont été co-développés avec le CERN. Lorsque ownCloud est passé sous le contrôle de Kiteworks fin 2023, une partie des développeurs d’oCIS a fondé la société OpenCloud GmbH à Berlin en septembre 2024, au sein du groupe Heinlein. La version 1.0 est sortie en février 2025, la 2.0 en mars 2025 avec la première offre commerciale, sous licences Apache 2.0 et AGPL-3.0.
Cette généalogie compte : OpenCloud hérite d’une architecture Go légère et mono-binaire, pensée pour tourner sur un NAS ou un petit VPS, sans la pile PHP lourde de l’ownCloud classique. Le positionnement « simple et souverain » vise directement les organisations européennes qui refusent de confier leurs fichiers à un cloud américain, mais qui trouvaient jusqu’ici l’alternative Nextcloud trop lourde à opérer.
Le choix du Go n’est pas cosmétique. Là où l’ownCloud classique et Nextcloud reposent sur une pile PHP à plusieurs services et à plugins, oCIS puis OpenCloud regroupent l’essentiel dans un binaire unique : authentification, stockage, partage et API partent d’un même processus. Pour une équipe qui gère sa propre instance, c’est moins de surface à maintenir, à mettre à jour et à sécuriser — et une charte Helm unique suffit à déployer le tout sur un NAS, un VPS ou un cluster Kubernetes.
La 9.0 arrive alors que l’écosystème se recompose : côté ownCloud, le serveur PHP classique a atteint 11.0.0 le 30 juillet 2026, et Infinite Scale tournait autour de 8.2.2 avec une candidate 9.0 en test. Le fork a désormais son propre rythme, et la version 9.0.0 marque une distance assumée avec l’amont.
Verdict
Si vous hébergez déjà OpenCloud, la 9.0 justifie la mise à niveau pour l’accès invité seul — mais c’est une rolling release avec un chemin de migration spécifique : suivez les instructions de mise à niveau 9.x avant de basculer, notamment pour les templates d’e-mails personnalisés. Si vous partagez régulièrement des fichiers avec des partenaires externes sans compte, l’accès invité est un déclencheur concret : il remplace le lien public anonyme par un partenaire identifié, journalisé et révocable, au prix d’un usage web uniquement. Si vous êtes encore sur Nextcloud ou sur l’ownCloud PHP classique, évaluez OpenCloud sur deux critères : la souveraineté réelle (hébergement chez vous, sans licence par utilisateur) et le coût d’exploitation — une stack Go mono-binaire se maintient plus simplement qu’une pile PHP à plugins. L’accès invité ne remplace pas le compte complet ; il lui ajoute la seule chose qu’il lui manquait pour devenir une alternative crédible aux plateformes SaaS.