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Syncthing synchronise vos fichiers sans leur faire traverser la Californie

Avec 87 000 étoiles GitHub et une version 2.1.2 publiée en juillet 2026, Syncthing prouve qu’une synchronisation P2P chiffrée de bout en bout peut remplacer Dropbox sans serveur central ni abonnement. Si vos fichiers passent encore par le cloud pour aller d’un PC à l’autre, c’est le moment d’arrêter.

Syncthing synchronise vos fichiers sans leur faire traverser la Californie — illustration ETTAYEB

Quand vous glissez un fichier dans Dropbox sur votre PC de bureau, il monte vers un datacenter AWS en Californie avant de redescendre vers votre laptop à 30 centimètres de là. Ce détour par le cloud n’est pas un bug — c’est le modèle économique. Syncthing propose l’inverse : un protocole P2P open source, sans serveur central, où chaque appareil dialogue directement avec ses pairs en TLS 1.3. Le projet a passé les 87 000 étoiles GitHub en juillet 2026, la version 2.1.2 est la dernière stable, et le fork Android Syncthing-Fork (maintenu par Catfriend1) comble le vide laissé par l’arrêt du client officiel en décembre 2024. Voici pourquoi vos fichiers n’ont plus d’excuse pour traverser l’Atlantique.

Comment Syncthing fonctionne sans serveur central

Le modèle est radicalement différent de Dropbox, Google Drive ou même Nextcloud. Ces trois services reposent sur un serveur — cloud ou auto-hébergé — qui stocke les fichiers et les redistribue aux clients. Syncthing supprime ce maillon : chaque appareil est un nœud égal aux autres, et les fichiers transitent directement d’un pair à l’autre, chiffrés de bout en bout.

L’identification se fait par Device ID — une empreinte SHA-256 du certificat TLS propre à chaque appareil, affichée sous forme de chaîne lisible de 56 caractères. Deux appareils ne peuvent communiquer que s’ils ont mutuellement échangé leur Device ID. Pas de mot de passe, pas d’email, pas de compte utilisateur. La connexion est authentifiée au niveau du certificat, pas au niveau d’un login.

La découverte des pairs fonctionne sur deux couches :

  • Découverte locale — broadcast IPv4 et multicast IPv6 toutes les 30 secondes. Deux machines sur le même réseau se trouvent automatiquement sans aucune configuration.
  • Découverte globale — annonce chiffrée envoyée aux serveurs de découverte publics (discovery.syncthing.net) toutes les 30 minutes. Ces serveurs ne voient pas vos fichiers ; ils maintiennent uniquement une table Device ID → adresse IP.

Quand la connexion directe est impossible — double NAT, pare-feu restrictif — Syncthing bascule sur un relais public qui chiffre le trafic mais ne peut pas le déchiffrer. Vous pouvez aussi héberger vos propres relais et serveurs de découverte si vous voulez sortir entièrement de l’infrastructure communautaire.

Ce que Syncthing 2.1 apporte

Sortie en mai 2026, la branche 2.1 apporte trois améliorations concrètes pour les utilisateurs quotidiens :

  • Groupement des dossiers et appareils dans l’interface web. Vous pouvez organiser vos partages par projet ou par contexte — un dossier Travail avec ses trois machines, un dossier Photos avec votre téléphone et votre NAS — et l’interface les affiche regroupés plutôt qu’en liste plate.
  • Support des proxys HTTP/HTTPS CONNECT en plus des proxys SOCKS existants, ce qui facilite le déploiement dans des environnements d’entreprise où seul un proxy HTTP est autorisé.
  • Indexation par blocs désactivable pour les dossiers où la priorité est la réduction de la base de données locale plutôt que l’optimisation du transfert. Utile sur des machines aux ressources limitées — Raspberry Pi, NAS d’entrée de gamme.

La version 2.1.2, publiée le 15 juillet 2026, corrige une vingtaine de bugs sans introduire de régression. Une 2.1.3-rc.2 est en pré-release au 28 juillet 2026, signalant un cycle de maintenance actif.

Installation : un binaire, un navigateur, c’est tout

Syncthing est écrit en Go et distribué sous forme d’un binaire unique. Pas de dépendance, pas de runtime, pas de base de données externe. Le déploiement tient en trois commandes sur n’importe quel Linux :

bash
# Installation via le dépôt APT (Debian/Ubuntu)
curl -s https://syncthing.net/release-key.gpg | sudo apt-key add -
echo "deb https://apt.syncthing.net/ syncthing stable" | sudo tee /etc/apt/sources.list.d/syncthing.list
sudo apt update && sudo apt install syncthing

# Démarrage automatique en tant que service utilisateur
systemctl --user enable --now syncthing

L’interface d’administration est accessible sur http://localhost:8384. Vous ajoutez un dossier, vous ajoutez l’appareil distant via son Device ID, et la synchronisation démarre. Pour Windows et macOS, le site officiel propose un installeur graphique qui inclut le binaire, le service et une icône dans la barre des tâches.

Le client Android officiel ayant été abandonné en décembre 2024, c’est le fork Syncthing-Fork (Google Play et F-Droid) qui prend le relais, avec un support actif et des fonctionnalités supplémentaires comme le mode sommeil configurable et les notifications par dossier.

Versioning, types de dossiers et contrôle fin

Syncthing ne se contente pas de copier des fichiers. Chaque dossier partagé dispose de plusieurs paramètres indépendants du pair distant :

  • Type de dossiersend-receive (bidirectionnel, par défaut), send-only (sauvegarde unidirectionnelle), receive-only (lecture seule). Le mode receive-encrypted permet de synchroniser des fichiers chiffrés sur un appareil non approuvé, comme un NAS chez un ami ou un VPS de stockage, sans que cet appareil puisse lire le contenu.
  • Versioning — trois stratégies intégrées. Le mode Trash Can archive les fichiers supprimés dans .stversions avec une durée de rétention configurable. Le mode Simple conserve un nombre défini de versions horodatées. Le mode Staggered applique un échelonnage temporel à la rétention — utile pour les dossiers de travail où un fichier modifié 100 fois dans la journée ne doit pas saturer le disque.
  • Ignorer des fichiers — fichiers .stignore avec support des wildcards et des expressions régulières, équivalent à un .gitignore pour la synchronisation.

Ces fonctionnalités rapprochent Syncthing plus de rsync que de Dropbox — avec l’avantage décisif de la synchronisation continue, bidirectionnelle, et du chiffrement intégré.

Le face-à-face : Syncthing contre Dropbox, Google Drive et Nextcloud

Le tableau ci-dessous compare ce qui distingue fondamentalement chaque approche. L’angle n’est pas « lequel est meilleur » — il est « de quoi avez-vous vraiment besoin ».

SyncthingNextcloudDropbox / Google DriveArchitectureP2P, pas de serveurServeur central auto-hébergéServeur central hébergé (cloud)Chiffrement E2EOui, TLS 1.3 entre pairsOui (E2EE optionnel)Non (chiffrement at rest seulement)CoûtGratuitGratuit (hors VPS ~6 €/mois)Abonnement (10-12 €/mois/utilisateur)Accès web aux fichiersNon (synchronisation locale)Oui, interface web complèteOui, interface web complèteApplications intégréesAucune (sync uniquement)400+ apps (mail, calendrier, bureautique)Suite bureautique intégréeDépendance à un tiersAucune (les serveurs de découverte sont optionnels)Votre VPS ou serveurGoogle LLC, Dropbox Inc.VersioningIntégré (3 stratégies)Via apps (Versions, Trashbin)30-180 jours selon le planStockage totalSomme des disques locauxSelon le serveurLimite fixe (2 To partagés pour 5 utilisateurs)

Syncthing excelle quand vous avez déjà des fichiers sur plusieurs machines et que vous voulez qu’ils restent synchronisés sans intermédiaire. Nextcloud est pertinent quand vous avez besoin d’une plateforme collaborative complète. Dropbox reste pertinent quand vous ne voulez rien administrer — mais vous payez ce confort en mensualités et en résidence des données.

Verdict : pour qui, pour quoi

Prenez Syncthing si vos fichiers doivent circuler entre vos propres machines — PC fixe, laptop, serveur domestique, NAS — et que la confidentialité prime sur la collaboration. L’absence de serveur central signifie qu’aucune panne de votre VPS, aucune facture impayée et aucun fournisseur de cloud ne bloque l’accès à vos fichiers : ils sont sur vos disques, point. Le cas d’usage canonique reste la synchronisation d’un dossier Documents ou Obsidian entre un PC de bureau et un laptop : transparente, instantanée, chiffrée.

Complétez Syncthing avec Nextcloud si vous avez besoin d’une interface web pour accéder aux fichiers depuis n’importe quel navigateur, ou si vous voulez partager des dossiers avec des personnes qui ne veulent pas installer Syncthing. Les deux outils ne sont pas concurrents — ils se complètent dans une stack auto-hébergée.

Restez sur Dropbox ou Google Drive si vous partagez des fichiers avec des clients qui utilisent ces plateformes, ou si vous n’avez personne pour administrer ne serait-ce qu’un binaire Go à mettre à jour une fois par mois. Mais pour tout le reste, le détour par la Californie n’a plus de raison d’être.

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