Wallabag remplace Pocket sans espionner ce que vous lisez
Pocket a fermé le 8 juillet 2025 et ses données utilisateur ont été supprimées trois mois plus tard. Wallabag, avec 12 900 étoiles GitHub et sa version 2.6.14, reprend le flambeau en open source — vos articles restent sur votre serveur, personne ne trace ce que vous lisez.
Le 8 juillet 2025, Mozilla a débranché Pocket. Le service de read-it-later racheté en 2017 a cessé toute activité, et toutes les données utilisateur — articles sauvegardés, tags, annotations — ont été définitivement supprimées le 8 octobre 2025. Pour les millions d’utilisateurs qui y stockaient leur veille quotidienne, c’est une amputation. Pour les auto-hébergeurs, c’est une confirmation : confier sa bibliothèque de lecture à un service propriétaire, c’est accepter qu’elle disparaisse du jour au lendemain.
Wallabag existe depuis 2013. C’est un read-it-later open source sous licence MIT, écrit en PHP avec le framework Symfony, qui atteint 12 900 étoiles GitHub en juillet 2026 et tourne en version stable 2.6.14. Le projet ne dépend d’aucune entreprise : il vit des dons via Liberapay et des abonnements à l’instance hébergée wallabag.it (11 €/an). Voici comment il remplace Pocket — et pourquoi il fait mieux sur le seul point qui compte : la propriété de vos données.
Ce que Wallabag fait que Pocket ne faisait déjà plus
Le cœur du produit est familier à tout utilisateur de Pocket : un clic sur l’extension navigateur, et l’article est sauvegardé. Mais Wallabag ne se contente pas de bookmarker l’URL : il extrait le texte intégral de la page, le nettoie de la publicité et du superflu, et le stocke dans une base MariaDB ou PostgreSQL sur votre serveur. Le résultat s’affiche dans un mode lecture épuré, avec une estimation du temps de lecture, et se synchronise instantanément sur tous vos appareils.
Là où Pocket réservait la plupart des fonctions avancées à son abonnement Premium (44,99 $/an), Wallabag les donne toutes, gratuitement, sans exception :
- Annotations et surlignage — sélectionnez un passage, ajoutez une note personnelle ou surlignez en jaune. Toutes vos annotations sont centralisées dans une vue dédiée et exportables via l’API REST.
- Export ePub, PDF, MOBI et CSV — chaque article peut être exporté dans quatre formats, envoyé par email ou poussé vers une liseuse Kindle. Pocket facturait l’envoi Kindle en Premium.
- Tags et règles de tagging automatique — classez vos articles par thème, projet ou priorité. Les règles conditionnelles (
domainName = « github.com » AND readingTime > 5) appliquent automatiquement les bons tags aux nouveaux articles entrants. - Flux RSS par tag — chaque tag devient un flux RSS accessible publiquement ou en authentifié, ce qui permet d’intégrer sa veille dans un agrégateur externe comme Miniflux ou FreshRSS.
- API REST complète — OAuth 2.0, endpoints pour créer, lire, mettre à jour et supprimer des articles, des tags et des annotations. Les applications mobiles officielles l’utilisent ; vous pouvez aussi écrire vos propres scripts d’automatisation.
- Import depuis Pocket, Instapaper, Pinboard, Readability et wallabag v1 — l’outil d’import intégré lit les exports HTML, CSV et JSON. Pour les anciens utilisateurs de Pocket qui ont téléchargé leur archive avant la fermeture, la migration est une formalité.
- Mode hors-ligne natif sur les applications iOS et Android (disponible aussi sur F-Droid). L’application synchronise les articles en local, annotations comprises.
Ces fonctions ne sont pas des cases cochées dans un tableau comparatif : elles définissent un outil de travail pour quiconque lit plus de dix articles par jour et a besoin de retrouver une information six mois plus tard sans refaire la recherche Google.
Installation : un docker-compose, un reverse proxy, et c’est parti
Wallabag se déploie en trois conteneurs : l’application PHP, une base MariaDB (ou PostgreSQL), et un cache Redis. Voici le fichier docker-compose.yml minimum pour une instance de production, basé sur le dépôt officiel wallabag/docker :
services:
wallabag:
image: wallabag/wallabag:2.6.14
container_name: wallabag
restart: unless-stopped
ports:
- "8080:80"
depends_on:
- wallabag_db
- wallabag_redis
volumes:
- wallabag_data:/var/www/wallabag/data
- wallabag_images:/var/www/wallabag/web/assets/images
environment:
SYMFONY__ENV__DATABASE_DRIVER: pdo_mysql
SYMFONY__ENV__DATABASE_HOST: wallabag_db
SYMFONY__ENV__DATABASE_PORT: 3306
SYMFONY__ENV__DATABASE_NAME: wallabag
SYMFONY__ENV__DATABASE_USER: wallabag
SYMFONY__ENV__DATABASE_PASSWORD: "${DB_PASSWORD}"
SYMFONY__ENV__DOMAIN_NAME: "https://read.votredomaine.fr"
SYMFONY__ENV__SERVER_NAME: "Wallabag"
SYMFONY__ENV__REDIS_HOST: wallabag_redis
POPULATE_DATABASE: "true"
wallabag_db:
image: mariadb:11
restart: unless-stopped
volumes:
- wallabag_db_data:/var/lib/mysql
environment:
MYSQL_ROOT_PASSWORD: "${DB_ROOT_PASSWORD}"
MYSQL_DATABASE: wallabag
MYSQL_USER: wallabag
MYSQL_PASSWORD: "${DB_PASSWORD}"
wallabag_redis:
image: redis:7-alpine
restart: unless-stopped
volumes:
wallabag_data:
wallabag_images:
wallabag_db_data: # Premier lancement
docker compose up -d L’interface est accessible sur http://votre-serveur:8080. Les identifiants par défaut sont wallabag / wallabag — à changer immédiatement. Une fois connecté, passez POPULATE_DATABASE à false dans le docker-compose.yml pour éviter de réensemencer la base au prochain redémarrage.
Le reverse proxy est obligatoire en production. Avec Caddy, deux lignes suffisent :
read.votredomaine.fr {
reverse_proxy localhost:8080
} Avec Nginx ou Traefik, le principe est le même : le conteneur expose le port 80, le proxy ajoute le TLS. L’application attend la variable SYMFONY__ENV__DOMAIN_NAME pour générer les URLs absolues correctes.
Extensions navigateur — Firefox, Chrome, Edge et Opera ont leur extension officielle Wallabagger. Vous renseignez l’URL de votre instance et vos identifiants, et un clic sur l’icône sauvegarde la page courante. L’extension affiche aussi le nombre d’articles non lus.
Maintenance — docker compose pull && docker compose up -d pour mettre à jour. Avant un saut de version majeure, lisez le changelog : Wallabag documente les migrations de base de données et les modifications cassantes.
Pocket contre Wallabag : pourquoi le choix n’existe plus
Le tableau ci-dessous compare l’offre que Pocket proposait avant sa fermeture (Premium à 44,99 $/an) et ce que Wallabag fournit aujourd’hui en auto-hébergement. La colonne Pocket n’est pas une cible mouvante — elle est figée au 8 juillet 2025.
Le verdict est mécanique. Pocket n’existe plus. La question n’est pas « Wallabag ou Pocket » — elle est « Wallabag, wallabag.it, ou une alternative ».
Verdict : trois usages, une réponse
Wallabag n’est pas le seul successeur de Pocket. Linkwarden (AGPL, full-text search) et Omnivore (open source, lecture vocale) sont deux alternatives crédibles si vos besoins diffèrent. Mais dans la plupart des cas, la réponse est wallabag.
- Vous avez déjà un serveur ou un NAS qui fait tourner Docker. Déployez Wallabag vous-même. Le coût marginal est nul, le contrôle est total, et 12 900 étoiles GitHub garantissent que le projet ne disparaîtra pas du jour au lendemain.
- Vous ne voulez pas gérer un serveur mais vous tenez à la philosophie open source. Prenez un abonnement wallabag.it à 11 €/an. C’est quatre fois moins cher que l’ancien Pocket Premium, hébergé en Europe, avec sauvegardes quotidiennes et mises à jour automatiques.
- Vous avez besoin de lecture vocale ou d’IA intégrée. Regardez Omnivore (text-to-speech natif) ou Stash (catégorisation IA). Ces projets sont plus jeunes et leur pérennité est moins garantie, mais ils couvrent des cas d’usage que Wallabag ne cible pas.
Dans tous les cas, ne remettez plus jamais votre bibliothèque de lecture dans les mains d’un service qui peut la supprimer par email un matin de juillet. Pocket l’a fait. Wallabag ne le peut pas — le code est à vous, les données aussi.
Références
- wallabag.org — site officiel, documentation, annonces de versions
- GitHub — wallabag/wallabag — 12 900 étoiles, 12 000+ commits, licence MIT
- Wallabag 2.6.14 release notes — annotations API, correctifs de lecture, màj de dépendances
- OSSAlt — How to Self-Host Wallabag 2026 — guide Docker Compose, extensions, apps mobiles
- dasroot.net — Self-Hosted Read-It-Later: Wallabag and Alternatives in 2026 — comparaison Wallabag, Omnivore, Linkwarden, Stash
- Mozilla shuts down Pocket — How-To Geek — annonce de fermeture, calendrier de suppression des données
- wallabag.it — instance hébergée officielle, 11 €/an