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Dockhand remplace sa date Apache 2.0 par une fenêtre glissante et une licence commerciale

Dockhand, l’alternative à Portainer, troque sa bascule Apache 2.0 prévue pour 2029 contre une conversion glissante de quatre ans par version et impose une licence commerciale aux entreprises. Les homelabs restent gratuits, mais relisez la licence avant d’adopter l’outil.

Un conteneur maritime gris dans un port sombre, une seule pièce de coin ambre mise en évidence.

3 octobre 2026. Un fil sur r/selfhosted signale des modifications de licence dans le dépôt GitHub de Dockhand. 9 octobre 2026. noted.lol confirme les changements après relecture de la licence et du commit. 9 octobre 2026. Le contexte s’éclaire : Dockhand caracole en tête d’un sondage sur les outils de gestion Docker, quelques semaines après l’annonce par Portainer d’un pivot de sa version 3.0 vers Kubernetes. Pourquoi c’est important : Dockhand était la recommandation de repli des utilisateurs qui fuyaient Portainer ; sa licence change au moment même où ces utilisateurs cherchent à s’installer.

Dockhand est une interface web de gestion de conteneurs Docker : un tableau de bord pour déployer, superviser et piloter des conteneurs, gérer leurs réseaux et leurs volumes, et visualiser l’état d’un parc depuis un navigateur. Son positionnement — simple, moderne, proche de ce que proposait Portainer avant sa réorientation — explique pourquoi il a concentré, en quelques mois, l’attention des utilisateurs en quête d’une alternative. C’est cette popularité soudaine qui rend le changement de licence si sensible.

BSL 1.1 : le code est visible, mais ce n’est pas de l’open source

Dockhand est distribué sous la Business Source License 1.1 (BSL 1.1). Le terme prête à confusion : le code source est publiquement disponible, mais la BSL n’est pas une licence open source au sens de l’OSI. Elle autorise la lecture et certaines utilisations, tout en restreignant d’autres usages — typiquement, l’exploitation commerciale en production — et prévoit une bascule différée vers une licence réellement ouverte.

Ce mécanisme de « bascule différée » est précisément ce qui vient de changer, et c’est là que le détail compte. Une BSL ne vaut que par deux paramètres : ce qu’elle interdit avant la bascule, et quand la bascule a lieu. Dockhand vient de modifier les deux.

La BSL 1.1 repose sur trois clauses lisibles dans le fichier LICENSE : la Change License, vers laquelle le code bascule — ici Apache 2.0 ; la Change Date, qui fixe l’échéance — devenue glissante ; et l’Additional Use Grant, qui liste les usages autorisés avant la bascule et où se nichent les exemptions homelab et éducatives. C’est dans cette dernière clause que la restriction commerciale prend corps : tout usage de production non couvert par l’exemption exige une licence payante.

Ce qui change concrètement

Premier changement : la date de bascule. Auparavant, les conditions de Dockhand prévoyaient que le code passerait sous Apache 2.0 le 1ᵉʳ janvier 2029 — une date fixe, lisible, que tout le monde pouvait planifier. Cette date a été remplacée par une conversion glissante de quatre ans : chaque version passe sous Apache 2.0 quatre ans après sa propre date de sortie. Une version publiée en octobre 2026 ne basculera donc qu’en octobre 2030 — et une version sortie plus tard repoussera d’autant l’échéance.

Deuxième changement : l’usage commercial. Les nouvelles conditions imposent généralement aux entreprises qui utilisent Dockhand en production d’acheter une licence commerciale. Les exceptions existent — homelabs personnels, associations à but non lucratif éligibles, organismes éducatifs, et particuliers opérant leur propre infrastructure sans employés — mais le principe est posé : l’usage professionnel devient payant.

En clair, le particulier qui fait tourner Dockhand sur son serveur domestique ne paie rien et ne paiera rien. L’entreprise, elle, doit s’acquitter d’une licence pour un usage en production.

Un précédent industriel bien documenté

Le mécanisme n’est pas né avec Dockhand. La BSL 1.1, créée par MariaDB en 2017, a été popularisée par HashiCorp lorsque celui-ci a basculé Terraform de la MPL 2.0 vers la BSL en août 2023, provoquant le fork OpenTofu. Redis et Sentinel ont suivi en 2024 avec des licences non libres. À chaque fois, le schéma est le même : le code reste lisible, la bascule différée sert de soupape, et la communauté se divise entre ceux qui acceptent le compromis et ceux qui forkent.

Ce que change Dockhand par rapport au modèle standard, c’est le passage d’une date fixe à une fenêtre glissante. Une date fixe donne une certitude exploitable ; une fenêtre glissante de quatre ans par version repousse indéfiniment l’horizon pour les versions récentes. C’est un signal d’éditeur qui veut conserver la monétisation des nouvelles versions, et il faut le lire comme tel.

Le contexte Portainer qui change tout

Ce changement ne tombe pas dans le vide. Il intervient quelques semaines après que Portainer a annoncé que sa version 3.0 se concentrerait prioritairement sur Kubernetes — une évolution que nous avions documentée dans notre analyse de Portainer 3.0. Cette annonce a poussé de nombreux utilisateurs Docker à chercher une alternative, et Dockhand figurait parmi les outils les plus recommandés.

La séquence est donc inconfortable pour les nouveaux venus : ils fuient un outil dont ils jugent l’orientation incertaine, pour se tourner vers un autre dont la licence vient de durcir ses conditions commerciales. noted.lol note d’ailleurs que Dockhand menait son sondage sur les gestionnaires Docker au moment de la publication, et que la discussion Reddit a récolté des centaines de votes, avec des alternatives comme Arcane et Komodo citées en remplacement.

Ce que les homelabs doivent faire

Rien ne presse pour l’usage personnel. Dockhand reste gratuit pour les homelabs, et les installations existantes ne sont pas invalidées du jour au lendemain. La vraie question est celle de la dépendance à long terme : adopter un outil de gestion, c’est investir du temps dans des configurations, des automatisations et des habitudes qui survivent à chaque mise à jour.

Le changement de licence ne rend pas Dockhand dangereux. Il en dit long sur la trajectoire : comme Terraform avant lui, un projet qui choisit une BSL à fenêtre glissante signale qu’il compte monétiser ses utilisateurs professionnels, et que le passage à l’open source complet n’est plus une promesse datée mais un horizon qui s’éloigne à mesure que le produit avance.

Dans la pratique, trois réflexes suffisent : exporter régulièrement vos stacks et configurations, car elles sont textuelles et donc portables ; suivre le dépôt et ses releases pour repérer un nouveau durcissement ; et garder une alternative testée — Arcane ou Komodo — pour ne pas être pris au dépourvu si les conditions changeaient encore.

Le malentendu le plus fréquent porte sur ce que « open source » veut dire ici. Dockhand est source-available : vous pouvez lire le code, l’auditer et contribuer, mais vous ne pouvez pas en faire un usage commercial libre tant que la bascule n’a pas eu lieu. Pour un homelab, la différence est mince ; pour une entreprise qui voudrait le forker ou le revendre, elle est décisive. L’essentiel est de ne pas confondre gratuité actuelle et liberté durable.

Verdict

Si vous êtes un particulier qui gère des conteneurs sur son homelab, Dockhand reste un choix légitime et gratuit — mais gardez vos configurations exportables et suivez l’évolution de la licence. Si vous êtes une entreprise, comparez le coût de la licence commerciale à celui d’Arcane ou Komodo avant de standardiser, et ne bâtissez pas vos automatisations de déploiement sur un outil dont les conditions viennent de changer sans préavis. Dans tous les cas, lisez la licence avant d’adopter, pas après : la BSL 1.1 est une décision d’éditeur, et c’est à vous de décider si elle vous convient.

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