Raspberry Pi verrouille la RAM du Pi 5 dans le firmware pour bloquer les revendeurs frauduleux
Le 21 septembre 2026, Jeff Geerling a documenté un verrou de firmware, introduit fin 2024, qui empêche de remplacer les puces RAM d’un Raspberry Pi 5. La mesure vise des revendeurs qui trafiquent des cartes d’entrée de gamme, mais elle supprime aussi le droit de réparer et de faire évoluer son matériel.
21 septembre 2026. Jeff Geerling publie son analyse du verrouillage de la RAM du Pi 5. Fin 2024. Raspberry Pi introduisait silencieusement, dans le firmware, un mécanisme qui empêche de remplacer les puces RAM — parfois même par une puce de capacité identique. 22 septembre 2026. Hackaday relaie l’affaire et le fil Hacker News confirme que la communauté n’a pas oublié la promesse fondatrice de la carte. Pourquoi c’est important : la mesure vise des revendeurs qui trafiquent des Pi 5 d’entrée de gamme, mais elle ferme aussi la porte au droit de réparer et de faire évoluer son matériel — sans autre issue que de rétrograder vers un firmware de 2024.
Le trafic que la mesure veut tuer
Le mécanisme que Geerling décrit est simple à comprendre. Des vendeurs achètent des Pi 5 de 1 ou 2 Go — les modèles les moins chers —, dessoudent les puces d’origine et soudent à la place des puces de 8 Go bon marché, parfois peu fiables, puis revendent l’ensemble comme des Pi 5 de 8 Go neufs.
Le ressort est financier. Dans la bulle IA actuelle, la RAM coûte cher et l’écart de prix entre un Pi 5 de 2 Go et un Pi 5 de 8 Go rend l’opération rentable. Geerling ne conteste pas la légitimité du problème : une RAM douteuse et des revendeurs peu scrupuleux engendrent des cartes aux pannes imprévisibles, que Raspberry Pi finit par supporter malgré lui. Le constructeur se retrouve à gérer les clients de boutiques qu’il n’a jamais choisies.
Un verrou silencieux, posé il y a deux ans
Le détail qui fâche est la temporalité. La mise à jour de firmware qui désactive le remplacement de la RAM date de fin 2024 — soit deux ans avant la révélation de Geerling. On ne peut donc pas l’attribuer à la flambée récente des prix de la RAM ni à une urgence née de la bulle IA : le verrou était en place bien avant.
Le problème, souligne Geerling, n’est pas la légalité. Raspberry Pi est dans son bon droit de verrouiller son matériel comme il l’entend. Le problème est qu’il n’existe aucune voie de contournement simple, à part faire tourner un firmware ancien — 2024-09-10-2712 ou antérieur — sur la carte. C’est un coût d’entrée absurde pour quiconque veut simplement réparer une carte dont une puce a lâché, ou faire évoluer un Pi 5 vers plus de mémoire.
# Version du bootloader EEPROM actuellement flashé
sudo rpi-eeprom-update
# Mémoire effectivement détectée par le noyau
grep MemTotal /proc/meminfo Le point technique que Raspberry Pi a
Geerling ne s’en cache pas : sur le fond, Raspberry Pi a raison. Les timings mémoire des puces LPDDR modernes sont délicats à maîtriser. Une soudure imparfaite, ou une puce bon marché qui n’a passé la validation que de justesse, produit des modes de défaillance erratiques — des plantages que ni l’utilisateur ni le support ne savent diagnostiquer. La chaleur et l’overclocking aggravent encore la situation quand la configuration n’a pas été testée et réglée en usine.
Il faut donc distinguer deux choses que la colère de la communauté a tendance à confondre. La première est l’argument technique, que Geerling juge recevable, probablement même sur le plan juridique. La seconde est l’éthos de la plateforme. Le Pi s’est construit sur l’idée qu’on pouvait y bricoler — et ne plus pouvoir bricoler jusqu’au niveau de la puce est, pour lui, « une grosse perte ». Peu de gens dessoudent réellement une puce RAM ; ce qui compte, c’est l’idée qu’on le peut si on le veut. Pour un homelab qui fait tourner la même carte 24 h/24, cette perte est d’autant plus sensible qu’elle touche à la réparabilité d’un matériel censé durer des années.
La seule échappatoire, et ce qu’elle coûte
La situation actuelle est sans issue satisfaisante. Rétrograder vers un firmware de 2024 signifie renoncer à deux ans de correctifs — sécurité comprise — pour récupérer une liberté de manipulation. Et il n’existe aucun moyen physique d’identifier, à l’œil, un Pi 5 dont la RAM a été remplacée, ce qui complique la tâche des acheteurs d’occasion.
Il existe en revanche un moyen logiciel, que Geerling rappelle en citant un billet de Geekworm : Raspberry Pi publie les codes modèle de ses cartes, ce qui permet de vérifier la quantité de RAM attendue pour un modèle donné. Quelqu’un sur Hacker News a même suggéré que Raspberry Pi perce un trou correspondant à la taille de RAM fixée en usine, plutôt que de verrouiller le firmware — une solution plus lourde à industrialiser, mais qui ne fermerait pas la porte aux utilisateurs.
Ce que propose Geerling : le bit de garantie
Geerling avance une alternative qui a déjà existé chez Raspberry Pi. Jusqu’au Pi 3 B, la carte disposait d’un « bit de garantie » : un drapeau firmware passait de 0 à 1 si l’utilisateur contournait délibérément les limites de sécurité, par exemple pour overclocker au-delà de ce que le constructeur jugeait sûr.
Il suggère d’appliquer la même logique à la RAM : plutôt que d’interdire le remplacement, poser un drapeau firmware à usage unique qui déclare « je renonce au support sous garantie », puis laisser l’utilisateur souder la puce de son choix et assumer les conséquences. C’est exactement le compromis que la communauté du right-to-repair défend depuis des années : la liberté d’ouvrir, contre la responsabilité de ce qu’on y fait — pas l’interdiction pure et simple.
Verdict
Si vous achetez un Pi 5 d’occasion, vérifiez la RAM attendue pour le modèle via les codes publiés par Raspberry Pi, et méfiez-vous des prix trop beaux sur les modèles 8 Go : c’est là que le trafic prospère. Si vous comptiez réparer ou faire évoluer un Pi 5 par remplacement de puce, sachez que la voie officielle est fermée depuis fin 2024 et que la seule échappatoire — un firmware ancien — vous prive de deux ans de correctifs. Si la philosophie du bricolage matériel vous importe, suivez le dossier : la proposition du bit de garantie est le terrain le plus prometteur, et c’est sur la pression des utilisateurs que Raspberry Pi pourrait finir par assouplir sa position. Le verrou n’est pas une fatalité technique — c’est un choix de gouvernance, et les choix de gouvernance se renversent.